Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
 

«Blind date» (Cliquez le titre!)

08/04/2020 15:48:59
Samedi soir, 17 juillet 2018, Julius, 44 ans, très nerveux, occupe une table, dans le restaurant mauricien, le plus couru, «Au chic Éden». Il a rendez-vous avec Huguette, du même âge que lui, et qu’il a contactée sur «Québec solitaire». Harassé par des dizaines de rencontres, il souhaite ardemment que c’en soit une très prometteuse. Aussi, il est persuadé qu’à son âge, il est grand temps qu’il se pose. 

Et tout à ses pensées, il l’aperçoit soudain qui entre, vêtue d’une magnifique robe rouge, telle qu’elle avait convenu au téléphone. Wow! Julius est fortement ébranlé, car il la trouve très belle. Mais hélas Huguette le fixe, cachant sa déception derrière un sourire de vendeuse de «chars». Le pauvre Julius ne passe même pas le test de ses critères de base. Elle en perd sa contenance, inspire profondément, puis se contraint à avancer. Et comme il le lui avait dit, il porte un polo rose, quasi aveuglant. Désolant repère qu’Huguette ne peut manquer, aussi elle essaie, tant bien que mal, de chiffonner l’image qu’elle s’était forgée de lui. Et en maintenant son sourire de commande, elle s’approche, crispée, vers sa table où elle ne veut pas aller. 

Or, lui, dans son énervement, suinte, puis se lève vivement et maladroitement, tant et si bien que sa chaise bascule. Et le dossier de la ...dite chaise renverse un géranium en pot, juché sur un socle et qui atterrit bruyamment sur le sol. Hélas, dans sa chute, comme il venait d’être arrosé, il éclabousse le siège et ce, d’un vilain brun qui coupe totalement l’appétit.

Huguette, attend la suite, debout, statufiée, les yeux grand ouverts. Lui, égaré, se penche nerveusement et tente de rassembler le pot cassé, quand soudain, la couture de son entrejambe, déjà soumise à l’impossible, se déleste de sa fonction dans un bruit d’horreur. Et par cet entrebâillement, elle entrevoit un boxer marine, décoré de « Barbies ». Alors, elle se détourne brusquement, se retrouvant ainsi dans les bras du serveur qui apportait un torchon et les deux verres d’eau. Ceux-ci atterrissent dans la boue et le pauvre serveur, aux yeux globuleux de grenouille, se dégage d’Huguette sur des jurons qu’il échappe. Elle fait demi-tour et aperçoit les dégâts, c’est l’enfer. Or, Julius, le pantalon béant, les mains boueuses, le postérieur vers le ciel, suinte encore plus devant cette femme de rêve. Et quant au garçon, il est maintenant à quatre pattes, à côté de Julius et, en larmoyant, il tente en vain de redresser la tête cassée du géranium. 

Et depuis le début des déboires qui s’enchaînent, un silence de plomb règne dans la salle à dîner, on dirait l’atmosphère d’un vaudeville de 3e ordre. Et que dire des regards intrigués de tous les clients de «Au chic Éden» qui en oublient de manger! Entre- temps, le pauvre Julius, a le visage désespéré de la victime et il craint d’être la risée d’Huguette. Cette dernière fixe le serveur, égaré lui aussi, toujours accroupi et qui essaie de réanimer le géranium. Sauf qu’à ce moment, ce grotesque spectacle déclenche chez elle un fou rire nerveux, incontrôlable, ce qui laisse croire, à Julius, à tort, que tout n’est pas perdu. Et soudain fouetté par ça, il se remet promptement debout et descend son polo rose comme un rideau sur la scène de son pantalon ouvert. Puis, il relève sa chaise brune, imbibée, et là, complètement gaga, il s’y assoit et invite Huguette à faire de même. Toute abasourdie, elle se laisse choir sur la sienne, en riant, ignorant qu’avec ses larmes, son mascara est descendu sur ses joues, en...à suivre...2 longs trajets noirs, rappelant une voie ferrée.

 

Et Julius, transpire à la limite de la déshydratation, alors il passe un papier mouchoir sur son visage mouillé. Et le serveur harassé, se lève, lui aussi, et s’en retourne, un verre sous chaque bras, en trimbalant la plante qui agonise, dégoulinant généreusement, tout comme lui, sur le splendide tapis importé.

 

À la table, Huguette ouvre l’immense carte des vins, véritable paravent, surtout pour s’y cacher afin de s’apaiser. Après quelques minutes, ressaisie, elle la dépose, quand soudain elle imagine les «Barbies» sur le boxer se baignant dans la chaleur du siège trempé. Elle se mord la joue pour rester calme. Or, quand tout va mal, on sait qu’il faut quelque chose pour faire déborder le vase, alors elle pointe le visage de Julius, en s’esclaffant encore. Et ce dernier dégoûté par ce nouveau fou rire se regarde dans la lame de son couteau. Il lâche un effroyable rugissement en voyant sa face envahie de points blancs, on dirait une petite vérole purulente. Et immédiatement, il songe que le papier mouchoir devait être en solde, et le voilà choqué, totalement à cran et il fige.

 

Huguette hoquette, couchée sur ses avant-bras, incapable de le regarder, en ignorant qu’elle est bien pire que lui, avec sa voie ferrée. Mais le silence anormal qui règne «Au chic Éden» alerte leur serveur près de la cuisine. Il dépose donc les 2 verres d’eau sur le comptoir et  fixe Julius immobile, infesté de points blancs et Huguette hystérique. Très inquiet, les yeux encore plus ronds, comme une grenouille, on l’a dit, il accourt à la rescousse de notre pauvre homme. Il arrache le liteau sur son bras et lui essuie le visage comme Véronique avec Jésus. Mais cette fois la coupe de Julius est pleine, même si le sommelier n’est pas encore passé. Aussi, il se lève, chancelant, et la tête haute, laisse tout derrière lui, comme une sortie de scène, avec son repoussant pantalon brun, et le flic flac de ses souliers. Suite à son départ, Huguette se calme, se redresse et demande une coupe de vin blanc, insouciante, en souriant béatement. Et le serveur épuisé, s’en va chercher le breuvage, en zigzaguant, tellement il est dérouté.

           

Et rapidement, il revient lui porter sa commande et se sauve. Mais soudain mal à l’aise des tous les regards insistants, elle cueille son miroir dans sa bourse et hurle comme une dératée en apercevant la voie ferrée sur ses joues. À bout de nerfs, elle aussi, elle vide sa coupe cul sec, lâche son argent sur la table, puis quitte la tête haute, comme une sortie de scène, mais beaucoup moins réussie que la précédente.

 

Finalement, qu’est-il advenu de l’homme et de la femme de cette histoire? Et bien au bout de quelques années, l’homme, n’est plus le pauvre Julius, car il s’est enrichi en investissant dans le papier mouchoir, extra ferme, 4 plis, et il est très satisfait de sa situation. Et de plus, il m’a téléphoné, hier pour m’annoncer qu’il avait enfin rencontré la femme de sa vie.

 

            Quant à la pauvre Huguette, 13 mois plus tard, elle a fait les manchettes pour fausses représentations et extorsions. Mais comme elle en était à seulement quelques frasques, elle a payé à la société avec des travaux communautaires.

 

Elle et lui ne se sont jamais revus, et chers lecteurs, parfois ce qui apparaît comme une épreuve, est en réalité une chance. Aussi, comme Julius l’a échappée belle, je conclus que tout est bien qui finit bien avec ce «blind date.»

*   Tous droits réservés, Raymonde

*   Image prise sur le Web

Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  2 commentaires


J’imagine la situation ,drôle et pas drôle . Il y a des fois où les retournement de situation sont un bien pour nous .
Louise bellerive Posté le 16/05/2020 17:37:49
Comme toujours, ça vaut la peine de terminer tes histoires!!! J'imagine facilement la scène, personne ne voudrait passer par là mais ta conclusion nous fait savoir que des bénédictions se retrouvent parfois là où on les attend le moins. En plus, tes photos nous font voir le côté poétique de situations ordinaires. Merci beaucoup!
Michelle Posté le 02/05/2020 13:08:33



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