Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant...
 

Attend une minute Séverina! (Pour la vraie mise en page, cliquez le titre!)

31/08/2018 00:45:34
Bientôt une décennie que Séverina, 43 ans, est l’amie d’Audrey, de six ans sa cadette. Et aucune semaine ne se passe sans qu’elles se téléphonent au moins trois fois, pendant plus d’une heure, où elles jasent et rient, tellement elles s’entendent bien. Aujourd’hui, nous sommes samedi, 14h.

- «Para bailar la bamba, para bailar la bamba, si necessita una poca de gracia, une poca de gracia» Allô?
- Audrey c’est toi? dit Séverina, qui se demande tout à coup pourquoi elle pose cette question...
- Oups, toute une énigme, ce n’est certainement pas ma fille Mara! rit Audrey, nerveusement.
- Ouais, à 3 ans, c’est plus qu’improbable. Oh, là, là, je ne sais pas où je suis allée dans mes rêves cette nuit, mais on dirait que je me suis levée la tête en bas. Je file vraiment cotonneuse, je me sens bizarre comme si toutes mes hormones cherchaient chacune leur place. Burk!
- Hum, moi aussi je connais, ça m’arrive régulièrement, ma chère.
- Ouais, c’est vrai, je trouve que l’on se comprend bien, alors, bon, que fais-tu aujourd’hui?
- Euh, comme d’habitude, je vais tenter de survivre à mes deux enfants.
- C’est sûr, Mara est petite et demande beaucoup de surveillance et Enzo a six ans et te donne toujours du fil à retordre, mais hier, il me semble qu’il était calme...
- Oui, je croyais qu’il couvait quelque chose, mais selon moi aucun microbe ne peut perdurer dans son corps, tellement il gigote et là il déborde d’énergie. Attends une minute, Séverina!  Enzo, enlève tout de suite le pois que tu viens de mettre dans le nez de ta soeur! Allez, j’ai dit tout de suite! s’égosille-t-elle.
- Nan! beugle-t-il de toutes ses jeunes forces, Mara ne veut pas me redonner mon camion de pompier! C’est à moiiiiiiiiiiiiiii!
- Je sais, Enzo, mais c’est toi le plus vieux, tu dois lui donner l’exemple!
- Nannnnnnnnnnnnnnnnnn! Je veux mon ca - mi - on, tout de sui - teeeeeeeeeeeeee, braille-t-il en allant taper la tête de sa petite soeur.
- Ahhhhhhhhhhhhhhhhhh! hurle-t-elle pendant un temps intenable, dans les suraigus, en bonus, et aussi fort que si on la brûlait au chalumeau.

Audrey se précipite vers sa poussine, enlève le pois dans son nez et lui flatte les cheveux pour la calmer.

- Enzo avec toutes tes bêtises, va immédiatement dans le coin de réflexion!
- Na, na, na, na, na. Pfffffff! crâne-t-il en la défiant du regard, sans bouger.
- Tu sais, ma chère amie, des fois je voudrais me retrouver à Ouagadougou, en Afrique! Mais là, il faut que je tienne mon bout avec mon fils! Attends une minute, Séverina! Enzo, je t’ai demandé d’aller dans le coin, et là je compte jusqu’à trois : 1.........2....................trrrrrrrrrr. Ouf, j’ai réussi.
- Tantôt, je réfléchissais et avec ta pension alimentaire, peut-être que tu pourrais t’offrir une gardienne de temps en temps, histoire de souffler un peu.
- Ouais...j’y pense.....Ah, ah, ah....râle Audrey.
- Qu’est-ce qu’il fait?
- Dans son coin, il s’est emparé de la vadrouille et a ramené la poupée Lili vers lui pour lui arracher la tête et les bras. Bof, c’est sans importance, Mara ne joue pas à la maman. Je me demande si je suis un bon exemple pour ma fille, je crie à la journée longue, avoue tristement Audrey. 
- Wow! Tu vas m’arrêter ça tout de suite! C’est déjà très beau d’élever deux enfants, toute seule.
- Je les aime tellement, même s’ils sont agités.
- Et ils le sentent, crois-moi!
- Merci!
- Et pour la gardienne est-ce que ça te conviendrait? 
- Certainement, mais te rappelles-tu combien j’en ai eu, déjà?
- Euh, sûrement, il en est passé au moins une demi-douzaine. Par contre, je connais une...
- Attends une minute, Séverina, je suis inquiète, je n’entends plus Mara. 

Audrey accourt et découvre sa petite fille, armée d’un crayon feutre dont elle a malmené le mur et la porte, maintenant remplis de gribouillis roses.

- Mara! Il ne faut pas tacher les choses comme ça, c’est vilain, la tance-t-elle doucement en l’amenant dans le salon. Oh, là, là, quelle galère, mon amie, ce n’est pas drôle pour toi, je te coupe tout le temps! Tu disais donc?
- Euh, qu’est-ce que je disais? Oh oui, je connais une jeune fille de vingt ans qui aime les enfants, qui possède beaucoup d’expérience et de plus, elle veut s’ouvrir une garderie.
- Ah, elle devrait faire l’affaire, parce que les autres étaient vraiment jeunes. Oh non, pas encore une fois, oh non, attends une minute, Séverina! Nonnnnnnn,Enzoooooooooooooooo!...à suivre...Mais qu’est-ce que tu as fait-là! ronchonne-t-elle. Tu devais rester dans le coin de réflexion!
- Euh.......je voulais du jus de pomme et tout s’est renversé, maman. Je.......je.......j’ai dévissé le bouchon et j’ai pas fait attention, pleurniche-t-il, très peu convaincant.

Tenant toujours son cellulaire, Audrey se précipite pour trouver le torchon de comptoir, qu’elle  met vivement dans les mains d’Enzo.

- Tu vas essuyer im-mé-dia-te-ment ton dégât, scande-t-elle et après tu retournes dans le coin de réflexion et tu te tais! Euh, Séverina, es-tu encore là?
- Oui.
- Je suis désolée de tout cet embarras.
- Tu es très débordée pour le moment et tu fais de ton mieux. Moi, comme je n’ai pas d’enfant, alors...mais j’ai une idée. 
- Oh oui, laquelle?  
- Au lieu d’attendre après l’éducatrice en garderie, dont je t’ai parlé, elle se prénomme Mathilde, si tu lui téléphonais tout de suite?
- Euh............, oui, j’ai vraiment besoin. Hum, et si elle me dit non?
- Et bien tu seras fixée et on cherchera encore. D’ailleurs, drôle de hasard, hier à l’épicerie, je jasais avec une amie qui cherchait, elle aussi, un CPE. Et là, j’ai appris que Mathilde a fini la déco de «Au pays de l’enfance» et elle ouvre dans un mois. Alors j’en ai profité pour noter les coordonnées de sa carte d’affaire. D’après moi, elle est disponible, il ne te reste plus qu’à lui demander pour l’inscription de tes enfants et aussi pour ton gardiennage à la maison. 

Là, Séverina lui dicte lesdites coordonnées.

- Un grand, grand, merci, à toi. Bon, je fais ça et je te rappelle! dit Audrey, pleine d’espoir.
Enzo, tu peux quitter le coin et aller t’amuser!

Puis, quelques minutes plus tard, la mère excitée de joie, téléphone à sa copine.

- Allô?
- Salut! Oh, non, attends une minute Séverina, gémit la mère. Enzo, sitôt la pénitence finie, oh toi, lâche im-mé-dia-te-ment le distributeur à glace du frigo, prends le chiffon sur le comptoir et nettoie ton méfait, j’attends!
- J’ai pas assez de jouets et ça m’amuse les glaçons! réplique-t-il, tout en ramassant.
- Ok, c’est correct maintenant, tiens, joue avec ta tablette, ordonne-t-elle, complètement à bout...
- Tu n’es pas gentille du tout, je ne t’aime plus! râle son fils, plus maussade que jamais.
- Bon, soupire Audrey, imagine, tantôt, j’ai parlé directement à Mathilde et elle accepte Mara et Enzo dans son groupe. Et je me sentais tellement en confiance que je lui ai raconté mes déboires avec mes rejetons.
- Wow! Enfin! Tu as bien fait. Elle va te donner d’autres façons de faire pour faciliter votre vie à tous les trois. Tu sais, on en a toujours à apprendre!
- Ouais, de plus, elle s’en vient ici, cet après-midi, d’après moi, elle s’est aperçu de l’urgence de la situation.
- Bonne nouvelle! Hélas, je dois raccrocher, j’ai mon rendez-vous chez la coiffeuse pour ma coloration. Je serai de retour vers quatre heures, j’ai hâte à la suite...
- À tantôt. alors...

Or, la rencontre s’est déroulée à merveille. Mara et Enzo sont tombés sous le charme et la gentillesse de Mathilde. De plus, elle accepte le gardiennage, histoire de mieux comprendre la problématique. Aussitôt après, Audrey s’empresse de l’annoncer à Séverina, elle, qui est tellement toujours présente pour l’appuyer.

Et seulement quelques semaines plus tard, notre maman a appris de ses erreurs, mais surtout elle a compris, avec tristesse, que ses deux gamins étaient bouleversés par le départ de leur père. Alors, elle a commencé à valider leurs bonnes actions en les récompensant à la fin de la journée. Et le changement s’est installé graduellement, maintenant les petits sont calmes, polis et vraiment enjoués. Des enfants, quoi!

Et finalement, Audrey, elle aussi plus sereine, profite de ses deux mignons avec joie et leur vie est entièrement transformée. De plus, elle peut téléphoner quand elle le désire et désormais elle n’a plus jamais besoin de dire: «Attends une minute Séverina!»

*   Tous droits réservés, Raymonde 

*   Image prise sur le Web




 
Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  1 commentaires


Bien contente de ton retour!  Tu décris bien les joies d’être parents mono ou non.  Bonne façon de terminer ton histoire!
Michelle Posté le 22/09/2018 00:36:22



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