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Cauchemar en voyage (Pour la vraie mise en page, cliquez le titre!)

11/03/2015 15:26:05

- Ça doit faire six heures de vol, maintenant. J'aurais dû écouter ma mère, se blâme intérieurement Caroline en regardant par le hublot du Boeing. Et puis, mon voisin de gauche m'énerve tellement que j'ai envie de lui arracher le petit duvet qui lui reste sur le crâne! On dirait un rongeur, il dévore sans arrêt, et je suis fatiguée de l'entendre roter, soupirer et marmonner. En plus, il accapare tout l'accoudoir, comme si ce n'était pas déjà trop, de trop.
- En veux-tu? lui propose Romuald, ledit voisin, en lui tendant un sac de croustilles, gros format, avec ses doigts poisseux, qu'il a pris le temps de lécher auparavant.
- Non, merci!

Il hausse les épaules et continue son bruyant grignotage.

- Tout à coup que c'est une arnaque! gémit Caroline en se retournant vers Kevin, son ami d'enfance. Je suis inquiète en ce moment, et je pense qu'aller en France à la rencontre d'un correspondant, et bien ce n'est pas l'idée du siècle. Et s'il m'a menti dans ses lettres?
- Voyons, à trente-sept ans tu sais ce que tu fais, il me semble, lui répond-il, assis en arrière d'elle. J'aurais bien aimé t'accompagner, et être sur votre lieu de rendez-vous, en toute discrétion, mais tu te rappelles que ça fait deux ans que je n'ai pas visité mes parents et je m'ennuie d'eux.
- Oui, je te comprends. Et comme tu dis je suis une adulte, alors........Je vais essayer de changer d'attitude avec des pensées positives. Après tout, la France ce n'est pas Tombouctou!
- Tu as raison! renchérit le voisin, Tombouctou, c'est en Australie, non?
- En Afrique! rigole Kévin.
- Bof! L'Afrique, l'Australie, on n'en a rien à cirer! ajoute-t-il la bouche pleine, parce qu'il a englouti une poignée d'arachides.

Caroline, à cran, lève les yeux et hoche la tête d'exaspération.

- Et une fois à l'aéroport, quelle est la suite? demande Kévin.
- Nous allons déjeuner au restaurant, puis Juste veut m'amener dans sa famille pour me présenter son père, sa mère et sa soeur. D'ailleurs, le mois dernier, il m'a envoyé leur photographie et ils semblent des gens simples et sympathiques.
- Bon, ça a l'air correct!
- Euh..................tu ne trouves pas que sur sa photo, Juste ressemble à un des Dalton?
- Lequel? rit-il.
- Juste est plutôt grand, alors je dirais Averell.
- Là, tu charries, parce que sur le portrait que tu m'as montré, il a une certaine beauté, dans son genre. D'après moi, c'est à cause du trac, et tu es peut-être plus attirée que tu ne le penses, puisque tu as entrepris ce voyage!
- Ah, la beauté! s'exclame son voisin dont elle commençait à oublier la présence. La beauté ce n'est que l'épaisseur de la peau!
- Heureusement qu'il raisonne comme ça! songe-t-elle, car dans son cas, les attraits physiques ont passé au-dessus de lui.

Et tout à coup, au micro, l'hôtesse annonce qu'il faut redresser les dossiers, et attacher les ceintures, car le pilote amorce la descente pour l'atterrissage.

- Oh, là, là, en avion c'est ma partie préférée, mon meilleur "feeling", s'enthousiasme Caroline. Je préfère, et de loin, le plancher des vaches.
- Peureuse! la taquine Kévin.

Finalement, le Boeing se pose en douceur, la récupération des bagages et les formalités de douanes se passent comme du beurre dans la poêle.

- J'espère que Juste va arriver à l'heure! Oh, j'ai failli dire:" J'espère juste que Juste va arriver à l'heure!"............Hi, hi, hi, j'ai Juste envie de rire et j'ai Juste hâte de le voir. Hey, mais tout de même, tu parles d'un prénom rare!
- Hum, Juste-ment, je veux Juste te dire que tu as raison! conclut Kévin.
- J'agis donc avec Juste-sse! badine-t-elle.
- Euh, selon moi, il faut vraiment arrêter ça, parce que quand Juste va arriver, tu vas faire des gaffes!
- Mouais..........
- Oh, tiens, voilà mon paternel! Alors, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu as mon numéro de cellulaire? vérifie-t-il.
- Oui. Et merci encore à toi, mon cher Kévin. Tu es toujours là pour m'aider!
- Amis un jour, amis toujours!

Aussi, elle l'embrasse sur les deux joues et l'étreint. Puis il s'en va, et se retourne comme d'habitude pour lui envoyer la main. Après son départ, elle cherche un banc, s'assoit et commence une longue, longue attente.

- Ouais, ça fait une heure que je poireaute et Juste n'est toujours pas là. J'en ai ma claque!

Alors Caroline prend son portable, compose son numéro de téléphone, mais la sonnerie se fait entendre un millier de fois, et toujours pas de réponse.

- Oh, non, non, ce n'est pas vrai! gémit Caroline en relisant son plus récent texto. J'ai totalement oublié qu'avant-hier Juste m'a écrit qu'il m'attendrait dans sa voiture devant l'aéroport.

Alors, elle ramasse ses valises à toute vitesse et part au pas de course vers l'endroit qu'il avait convenu, et naturellement il n'est plus là.

- Mais pourquoi n'est-il pas venu me rejoindre à l'intérieur? pense-t-elle. Et moi, qu'est-ce que je fais maintenant?

Elle rentre, s'assoit à la même place et lui texte ceci.

"Je suis désolée, l'énervement du voyage a fait en sorte que je ne me souvenais plus de ton dernier message. S'il te plaît, peux-tu revenir me chercher? Je suis à l'aérogare au "Resto des départs". Excuse-moi encore, A+"

Or, depuis près de deux heures qu'elle patiente et toujours rien à sa messagerie qu'elle consulte à toutes les trente secondes.

- Et que j'aurais dû écouter ma mère! se tance-t-elle, en colère contre Juste et contre elle.

N'en pouvant plus, et sachant que Kévin allait chez sa sœur avec ses parents, elle n'ose pas lui téléphoner. Alors elle tape Google, puis cherche un hôtel, à prix modique, à proximité de l'aéroport. Elle trouve "Au clair de la lune", y lit une brève information et le coût ridiculement bas, la convainc. Elle s'arme donc de son barda, sort et siffle un taxi à qui elle donne l'adresse. Or malheureusement, à son arrivée, elle découvre un cauchemar, même pas en peinture, car celle-ci s'écaille de partout. Et le peu qui reste est d'un bleu hallucinant qui aurait de l'allure seulement avec des verres fumés.

- Ouais, la bâtisse ne paie vraiment pas de mine, à la limite c'est épeurant, ici! constate-t-elle, inquiète. Mais je suis tellement épuisée qu'il n'est pas question que je m'en retourne, et après tout ce n'est que pour une nuit.

Elle incline la tête pour observer la façade qui penche légèrement vers la droite. Pour ce qui est de la porte, elle ne laisse plus rien voir, car la vitre salie est cassée, façon toile d'araignée. Et quand Caroline la pousse pour entrer, elle grince comme celle de Séraphin. Le hall miteux est tout en marron et rose et le comptoir d'accueil va dans le même sens que la façade. La préposée, la soixantaine bien sonnée, a les cheveux tellement oxygénés qu'ils sont blancs et immobiles comme du plâtre. Son maquillage semble appliqué sans miroir et lui dessine deux gros yeux charbonneux, et ses pommettes rouges sont des ronds parfaits. Enfin ses lèvres minces sont épaissies maladroitement, on les croirait tachées de fraises.  

- Mon Dieu! songe Caro, on dirait une maquerelle.
- Bonjour ma p'tite chérie, c'est pour une chambre?
- Euh oui, une nuit seulement.
- Remplis-moi le registre, ma jolie! dit l'hôtelière en lui poussant le cahier écorné et graisseux.

Caroline voit à peine ce qu'elle écrit tant elle tombe de fatigue. Après, la préposée monte ses bagages et lui donne la chambre treize. Et dès qu'elle est seule, elle verrouille la porte et se tire sur le lit, tout habillée. Ce fut une nuit agitée, envahie par des pas de course dans l'escalier, des cris et des gémissements. Au matin, Caro se réveille groggy et aperçoit la chambre en retenant un cri d'effroi. Elle sort frénétiquement son cellulaire et fait une recherche approfondie sur l'hôtel "Au clair de la lune".

- Non, non, non, ça ne se peut pas, je suis dans un bordel! Pour l'amour du bon Dieu, il faut absolument que je déguerpisse d'ici! gémit-elle.

Elle ramasse tous ses effets et se sauve au grand galop, au risque de débouler. Et heureusement personne n'est à la réception, aussi elle en profite pour filer sans demander son reste. Puis dehors, elle téléphone à un taxi, qui étrangement arrive très rapidement.

- Sûrement un service à la clientèle! murmure-t-elle, choquée. À l'aéroport, s'il vous plaît!

Et rendue à destination, elle paie sa course, donne un généreux pourboire, puis entre.

- Ouais, ben, case départ! songe-t-elle en s'assoyant. Quel cauchemar que la chambre treize! Les murs bruns, le plafond en miroir, la fausse peau d'ours jaunie et salie au pied du lit, et ce dernier qui pouvait contenir facilement six adultes, tout comme la baignoire d'ailleurs. Bon, là, je texte une dernière fois pour rejoindre Juste.

"Hier on s'est manqués et je t'ai attendu longtemps. À la tombée de la nuit, j'ai dormi dans un bordel sans le savoir. Peux-tu me contacter, s'il te plaît? A+"

Dix minutes plus tard, la sonnerie texto se fait entendre et elle voit que c'est Juste qui lui a enfin répondu, après tout ce temps. Elle en tremble.

"Désolé pour les inconvénients subis, mais je n'ai vraiment pas apprécié le fait que tu ne sois pas à notre rendez-vous. Tel que convenu devant l'aérogare, j'ai patienté près d'une demi-heure jusqu'à ce que l'on me klaxonne pour dégager. Et comme je reconduisais ma tante qui a une mobilité réduite, et qui demeure près de l'aéroport, je ne pouvais pas quitter ma voiture. Alors, en réfléchissant, j'ai su que c'est le hasard qui en a décidé ainsi et pour cette raison je ne t'ai pas donné de mes nouvelles. Bonne continuation, Adieu!"

- Heinnnnnnnnnnn! lâche Caro, complètement abasourdie. Mais qu'est-ce que c'est ça? Juste vient de me "flusher", là! Oh non, qu'est-ce que je fais encore une fois? Euh..........finalement, il me reste "JUSTE" à demander de l'aide à Kévin. 

Ce que Caroline fit. Et Kévin un peu plus tard est venu la chercher et l'a invitée à terminer la semaine dans sa famille, ce qu'elle accepte avec joie.

- Merci de ta gentillesse! lui sourit-elle. Amis un jour, amis toujours, et crois-moi, je suis persuadée que ta bienveillance va alléger ce cauchemar en voyage!

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Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  0 commentaires





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