Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
 

Edgard et Bertine (Pour la vraie mise en page, cliquez le titre!)

11/10/2014 14:30:30

- Ouais, pas pire pour une femme de 74 ans! Sur une autoroute, je conduis aussi bien, que n'importe quel jeune homme, constate Bertine, tout haut, en souriant.
- Paffffffffffffffffffff!
- Sainte misère! Qu'est-ce que c'est ça? ronchonne-t-elle, en freinant dare- dare.

Nerveuse, elle gare son auto sur l'accotement, et met ses clignotants d'urgence. Soudain, elle s'affole, à la limite de la panique. Elle prend donc une profonde inspiration, expulse l'air, puis encore une fois, puis encore une fois, puis encore une fois, tant et si bien que l'hyperventilation l'étourdit complètement. Au même moment, Edgard, la dépasse avec sa camaro rouge, et intrigué, l'aperçoit, immobile, le coco collé à l'appui-tête, et les paupières closes. Il regarde dans son rétroviseur, freine brusquement, et à ses risques et périls, il recule sur l'autoroute. Puis, il se stationne derrière l'auto de Bertine et sort de sa voiture.

- Toc! Toc! Toc! Toc! Toc! Toc! Toc! Toc! Toc! fait-il en cognant doucement dans la vitre, mais en vain, la femme ne bouge pas.

Inquiet, il ouvre vivement la portière pour lui porter secours. Il se penche vers elle pour vérifier si elle respire encore, et cela juste à l'instant précis où Bertine s'éveille, terrifiée d'apercevoir deux yeux ronds, presque sortis de la tête. 

- Au secours! Au secours! Lâchez-moi espèce de pervers! gueule-t-elle, en le boxant. Grossier personnage! Malotru! Graine de bandit! Espèce de lâche!...
 - Wow! Wow! Wow! On se calme, ma p'tite dame! se défend-il fermement, ce qui la surprend, et lui cloue le bec, tout d'un coup.
- Euh, qui êtes-vous? Et que faites-vous dans ma voiture? chevrote-t-elle, en croisant les bras sur sa poitrine.
- Je suis Edgar Allard et je ne suis pas dans votre voiture. Je vous ai vu le cou quasiment cassé,  figée comme une statue, les yeux fermés, et j'ai pensé que vous aviez besoin d'assistance.

Et instantanément, Bertine se remémore le bruit épouvantable qui l'a chamboulée et elle gémit, totalement découragée.

- Hum, je crois que j'ai une crevaison! braille-t-elle, façon âne qui brait. Ça a fait comme une grosse explosion, et ça m'a tellement énervée, je pense que je me suis évanouie.

Edgard dodeline de la tête, fait le tour de la voiture et voit tout de suite de quoi il retourne. Il revient vers elle.

- Ça m'a tout l'air que vous avez raison, c'est le pneu arrière, de votre côté.
- Sainte misère qu'est-ce que je vais faire? supplie-t-elle en se tirant les cheveux. Je ne me rappelle même plus où est rangé le cric, encore moins comment l'installer. Je dois dire que mes cours de conduite sont aussi loin que ma première couche! (OUPS!)
- Mais je vais vous prêter main- forte, s'exclame l'homme en se gonflant le thorax comme un paon, car il la trouve fort jolie.

Aussi, avec galanterie, il lui ouvre la portière et lui tend la main pour l'aider à sortir de l'auto. Alors, Bertine s'essuie les yeux avec sa manche de gilet blanc, va vers le coffre, le déverrouille, et l'ouvre. Mais là, elle arrondit le dos, abattue, tant c'est surchargé, à un point tel qu'on dirait qu'elle déménage.

- Ouais, fait Edgard en se grattant le crâne. Amenez-vous toujours le contenu de votre maison quand vous vous baladez? rit-il pour la taquiner.
- C'est rien ça, je n'ai pas emporté la cargaison d'inutilités dans le garage, exagère-t-elle, un tantinet flirteuse. Et oui, Edgard est bien à son goût.

Et le mâle, pour exhiber sa force, que dire sa supposée supériorité, le mâle donc, empoigne un énorme sac, genre une tonne, ce qui fait gémir ses articulations, et hélas tout son corps proteste en craquant comme quand on casse un bâton sec.

- Arrrrrrrrrrrrrrrrrrgggggggggggggggggggg! gémit l'homme, avec un sourire grimaçant, en se tenant les reins, d'une main.
- Arrêtez! Arrêtez! Sainte misère, qu'est-ce que vous avez fait, là? le dispute-t-elle, en s'égosillant.
- Oh, zut, je suis désolé! ronchonne-t-il, mais le sac d'épicerie s'est défoncé. Beurk! Regardez, la crème glacée a atterri sur mes souliers, qui sont maintenant roses! Ils sont complètement détruits, le daim ça ne se nettoie pratiquement pas.
- Mais, vous êtes pire qu'un impotent! se plaint Bertine, en oubliant qu'il n'y est pour rien, d'autant plus qu'il se tient à pieds joints dans le dégât, et cela dans le but de lui prêter main-forte.
- Euh, je crois que le recyclage est rendu au bout de son rouleau! s'objecte Edgard, en lui montrant la  déchirure.
- Oh, pardonnez-moi, je m'en veux de vous parler de cette façon! l'implore-t-elle. Je ne sais pas ce qui se passe, je me montre très vilaine avec vous.

Et elle lui sourit, comme pour effacer ses paroles, histoire de ne pas gommer ses chances avec lui. Or, Edgard continue de désencombrer et s'empare d'un autre sac de victuailles, en soufflant comme un phoque. Incroyable, mais vrai, le fond cède une fois de plus, larguant un pot de yogourt aux bleuets, qui s'écrase, encore sur ses chaussures. Et après cette débandade, un bocal de confiture aux framboises se fracasse sur l'asphalte, en éclaboussant son pantalon "drabe". Le vêtement constellé de centaines de picots rouges dégoulinants, lui dessinent une culotte fleurie. Finalement, un sac de pois verts congelés, déjà crevé, se répand dans toutes les directions. Et lui, le pauvre, en apercevant ses chaussures, il ne peut les tolérer qu'en les essuyant à l'arrière de son pantalon, déjà surchargé.

- Oh, rappelez-moi votre nom! insiste Bertine, tout sucre, pour distraire son samaritain de toutes ses avaries. César Boulard? C'est bien ça?
- Non! Edgard! Edgard Allard! Et vous? Dans la cohue, j'ai oublié de vous demander votre nom.
- Bertine! Bertine, la sardine qui mange des tartines! rigole-t-elle pour désamorcer la tension. Euh,.....on me surnommait ainsi quand j'étais petite. Euh, ce n'est pas que je suis si grande que ça aujourd'hui, avec mes 4 pieds 11, mais......mais, bof, on oublie ça! Alors mon cher César, oups, euh, mon cher Edgard, je vais vous payer, avec grannnnnnnnnnnd plaisir, une autre paire de souliers de votre choix.
- Hum, j'accepte votre offre. Ainsi, ça va me permettre de vous revoir! ajoute-t-il avec un clin d'oeil. Vous savez, j'ai beau avoir 74 ans, je sais reconnaître une belle femme quand j'en vois une, déclame-t-il, gonflé autant que s'il était le seul coq à des milles à la ronde.
- Non! 74 ans! Tiens, tiens, tiens, le même âge que moi! piaille-t-elle en se recoiffant.

Aussi, pour consolider leur rencontre, Bertine, étourdissante, lui jacasse des compliments et lui coule des regards de merlan frit. Excitée, elle est complètement à côté de ses pompes, et agit comme si elle le connaissait depuis des lustres. Ainsi, sans gêne, très épatée par sa force, elle palpe ses biceps avec des hochements de tête appréciateurs. De son côté, Edgard, avec un sourire canaille, ne sait pas trop quoi dire, et continue donc le laborieux déchargement.

- Ouais, j'en ai encore pour un quart d'heure, constate-t-il, en regardant la montagne d'objets à évacuer.

Et il extirpe une pelle à neige, susceptible d'avoir fendu les sacs, deux chaises pliantes, deux parapluies, quatre casquettes, trois manteaux de fourrure, un sac débordant de bouquins, quatre pintes d'huile, un boyau d'arrosage, un ourson rose, de la grandeur d'un enfant, en fait, on peut dire de la taille de Bertine. Enfin, trois gallons d'antigel et deux grosses caisses autant emballées que pour une expédition à Ouagadougou, complètent la cargaison.

- Ouf, terminé! s'exclame le mâle essoufflé, en se tenant le dos, tout en soulevant le tapis pour sortir l'équipement de secours. 
- Y a-t-il un problème? s'inquiète Bertine en le voyant hésiter et hocher la tête en grimaçant. 
- Euh,................c'est...............dur....................à.........dire...........
- Qu'est-ce qu'il y a? pleurniche-t-elle, déjà désemparée, en s'approchant de lui. Sainte misère, il n'y a rien là-dessous! On m'a vendu cette Mazda, sans pneu de secours, ni outillage. J'ai l'air d'une dinde, là, et en plus j'ai oublié d'apporter mon cellulaire!
- Voyons, on se calme ma p'tite dame, là! Moi, je n'ai pas de portable, alors voici ce qu'on va faire. Je vais tout remettre dans le coffre, on va verrouiller l'auto, et vous allez embarquer avec moi. Il y a certainement un garage tout près.

Il y avait non seulement un garage, mais un centre d'achat avec plusieurs boutiques. Et tel que convenu, la p'tite dame lui a offert des chaussures Hush puppies, malheureusement "drabes". Après, il en a profité pour se payer un nouveau pantalon et se changer. Finalement, "la tartine", euh, Bertine, a acheté ce qui lui manquait pour sa voiture et son sauveteur a insisté pour s'occuper de tout, c'est-à-dire, encore sortir le bric-à-brac du coffre, installer le cric et changer la crevaison. À la fin de cette journée, une entorse lombaire plus tard, Bertine, pour le remercier, lui frotte, le dos, bien entendu...

Et c'est ainsi, que depuis cette histoire, roulent encore ensemble et heureux, Edgard et Bertine...

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Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  0 commentaires





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