Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
 

La répétition (Pour la vraie mise ne page, cliquez le titre!)

13/10/2017 15:48:01

Metteur en scène amateur, Brigitte, 70 ans, est en train de s’enrager. Et ce qui explique ce comportement démentiel, c’est qu’il y a plus de trois heures qu’elle essaie d’inculquer la notion de séductrice à Françoise, qui détient le premier rôle de la pièce «Si tu pars, je meurs», et ce, grâce à son père qui finance tout. Aussi, la metteur en scène est horripilée de marcher sur des oeufs pour sauver les    
meubles. Et de plus, Brigitte exige le succès, parce que tous les bénéfices iront pour l’aide aux sans-abris. Elle n’a que deux acteurs à diriger, mais ce n’est vraiment pas de la tarte avec la fille. Et là, son stress augmente de jour en jour, car maintenant le temps est          compté, il ne reste que quatre mois avant la première...

- Ben non, voyons, Françoise! hurle-t-elle nerveusement, façon nourrisson affamé, tout en accourant bruyamment sur la scène.
- Euh, qu’y a-t-il? demande peureusement l’apprentie actrice, complètement décoiffée, fatiguée et en nage.
- Je t’aime, zézaie Brigitte, en l’imitant, ça ne veut rien dire, ça. Tu vas agripper Didier, l’étreindre, et amoureusement, lui chuchoter «je t’aime» en touchant presque à ses lèvres.
- En plein ça! ajoute en riant le mec qui aime toutes les femmes, sans exception. «Toujours prêt», c’est ma devise quotidienne.
- Euh, c’est que malgré mon âge, euh, je n’ai pas eu d’amoureux et lui, je ne le connais pas, s’excuse la pauvre comédienne en regardant timidement Didier, ultra canon, qui joue son amant. 

Et là, il faut dire que cette soixantenaire, est encore très belle, mais elle est d’une pruderie à éberluer une sainte. Jamais de vêtements ajustés, encore moins de décolletés, peu de maquillage et une coupe de cheveux datant de Mathusalem. «Out», comme la jugerait la revue «Clin d’oeil».

- Tu n’as jamais eu d’amoureux? Ça on s’en tape, mademoiselle, renchérit Brigitte, qui n’en peut plus. Ici c’est moi qui dirige et comme tu as eu le rôle, alors tu vas prendre mes consignes, sortir de ta petite vie et entrer à fond dans celle de l’amante. Elle claque des mains...On reprend!

Françoise inspire profondément comme si elle se préparait à plonger et redresse les épaules. Puis, soudainement, elle se jette dans les bras de Didier qui recule et il la regarde déjà avec amour.
- Je t’aime! lui avoue-t-elle, de façon improbable, en lui caressant la nuque, parce qu’elle a vu  ça dans les films sentimentaux    
qu’elle syntonise souvent.
- Mais, tu sais que je ne suis pas libre! répond-il, avec sa nonchalance et son sourire coquin.
- Ah bon? Ton attitude était pourtant celle d’un homme totalement disponible! récite-t-elle comme une table de multiplication.
- Ouais, toussote-t-il, mal à l’aise. Tu sais, c’est très difficile pour moi, surtout quand je vois une belle femme comme toi. Il la serre davantage. C’est au-dessus de mes forces, tu m’attires tellement que je perds le contrôle...Si tu refuses de me prouver ton amour, je devrai partir.
- Oh, non, si tu pars, je meurs, dit-elle, vide d’émotion, tel un perroquet.

Brigitte se laisse tomber sur une chaise, totalement découragée...................Elle inspire profondément, elle aussi, probablement pour rejoindre Françoise dans son plongeon. Elle soupire puis se secoue.

- Stop! C’est parfait Didier! Toi, tu ne joues pas, tu es le héros de la pièce. Et toi, Françoise! Françoise! Oh, Françoise! écume-t-elle, en se tirant encore les cheveux et en hochant de la tête. Non, mais qu’est-ce que je vais faire de toi?...Un silence de mort s’installe, la metteur en scène réfléchit, perplexe. On entendrait voler un maringouin ou une mouche .........................Ça y est! J’ai trouvé ce qu’il te faut pour te sortir de ta coquille, ma fille. Ouais, ça va être tout un défi, mais ça va marcher!...à suivre...La pièce est un drame, alors il faut que ça projette des tonnes d’émois. Et là, c’est mon dernier recours, Françoise viens ici immédiatement! Elle s’avance mollement, effarouchée...
- Ton père serait-il un menteur, par hasard? accuse furieusement Brigitte, exaspérée depuis des mois.
- Com...com...comment ça?
- Il m’a affirmé, sans l’ombre d’un doute, que tu pouvais facilement jouer le rôle principal! aboie-t-elle. C’est vraiment dommage, mais je suis obligée de penser que c’est un menteur!
- Wow, Brigitte! crie Françoise, plus qu’indignée. C’est très méchant de ta part, c’est lui qui  finance toute la pièce «Si tu pars, je meurs» et sans mon père, tu ne serais pas ici. Tu n’as pas le droit de le calomnier comme ça! Pour qui tu te prends, hein? On sait bien, tu as de l’expérience, même si tu es simplement amateur, tout le monde sait que tu as eu plein de succès!
- Enfin, enfin, c’est très bon! s’exclame la metteur en scène en allant au-devant de sa comédienne. Bravo! C’est ça que je veux de l’émotion, de l’émotion, de l’émotion! Enfin, tu as exprimé ta colère, c’était parfait. Sur cette lancée, maintenant, j’ai un autre exercice plus difficile qui va t’aider à te relâcher davantage, alors je te demande de mimer un chat.
- Euh, un chat? Un chat de race?
- Aucune importance! riposte-t-elle en grinçant des dents.

Donc, la débutante s’agenouille par terre, très très lentement, puis s’assoit sur ses jambes repliées, en collant ses bras le long de son corps et en repliant ses mains vers le bas, façon lapin de Pâques. Elle se sent tellement ridicule et affolée par peur de faire rire d’elle, mais personne ne réagit.

- Allez, fais quelque chose, exprime-toi! 
- Miow! murmure-t-elle craintivement avec un filet de voix, les yeux exorbités et profondément gênée, puis n’en pouvant plus, elle se remet vivement debout.
- Oh zut! Zut! Didier, mon cher Didier, veux-tu lui montrer comment agit un chat?
- Certainement, chef, répond-il, d’un air suffisant.

Et fièrement, il se met à quatre pattes, s’approche de Françoise, la frôle en tournant autour. Puis, il grimpe sur sa cuisse et fait mine de s’affiler les griffes. 

- Wow, wow, arrête ça tout de suite vilain matou, dit-elle poliment en se secouant nerveusement la jambe comme si elle avait des fourmis.
- Rrrrrrrrrrrmiow! ronronne-t-il en s’assoyant, pareil à un minet, puis en se lichant la main pour ensuite la frotter sur sa tête.
- Super, fameux Didier! exulte Brigitte en l’applaudissant avec force. Quant à toi, princesse, je suis dépassée, je ne sais plus quoi faire.
- Bon dans ce cas, aussi bien que je m’en aille, larmoie la cabotine, complètement défaite, en se dirigeant vers la sortie.
- Nonnnnnnn! s’écrie l’acteur chevronné en se relevant. Il faut absolument que l’on présente «Si tu pars, je meurs»! Ce drame doit être un succès et ramasser beaucoup de fonds pour aider les sans-abris, et tu sais, j’ai un ami qui vit dans la rue...

Françoise est profondément touchée par cette révélation, alors hésitante, elle revient sur ses pas.

Et oh, miracle, la pièce fut un succès fulgurant. Mais comment est-ce possible, me demandez-vous, chers lecteurs si intelligents? Et bien Brigitte ayant échoué à dégeler Françoise, en dernier lieu, elle a  demandé à Didier de réciter lui aussi son texte comme un cabotin. Et fort heureusement, l’affiche n’étant pas encore sous presse, elle l’a donc fait modifier.

Finalement, on pouvait désormais y lire :«Si tu pars, je meurs! la plus grande PARODIE du siècle.»

©   Tous droits réservés, Raymonde 

*     Image prise sur le Web 

Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  2 commentaires


Bravo  mon amie
Posté le 22/11/2017 17:30:40
Bravo mon amie de toujours
Bellerive Posté le 18/11/2017 15:54:19



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