Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
 

Laure et Edgar (Cliquez le titre!)

17/01/2020 16:04:28
- Pourquoi Laure m’a-t-elle donné rendez-vous ici? gémit Edgar, complètement énervé, en entrant au collège.

Il se dirige vers le gymnase où a lieu la réception. Puis, il cherche, tel un naufragé, Laure, son internaute portant un œillet rouge. Malheureusement pour lui, ce dimanche en est un de retrouvailles pour l’École «Des-Saints-Innocents », où une centaine d’étudiants arborent, pour l’occasion, un oeillet rouge. Et Laure découragée, ignorait ce détail. Or, lui, pauvre, pauvre Edgar, il suinte comme une canicule, de 40o à l’ombre.

Il faut dire qu’il « chatte » avec elle depuis seulement deux semaines et c’est leur premier rendez-vous. Et là, il trouve que cette situation confuse, ressemble à un mauvais présage. 

- Que dois-je faire? réfléchit-il, angoissé. Dois-je me sauver à toute allure? Dois-je rester? Et que ça ne me semble pas de bon augure!

Avec le regard d’un sinistré, il cherche partout «une puce aux cheveux noirs de quatre pieds onze, proportionnelle à sa taille.» 

- Sapré petite puce, comme elle doit se sentir minuscule dans cet océan de grandeurs moyennes à supérieures! songe-t-il, désemparé.

Et voilà que quelqu’un tire sur la manche de son gilet de laine bouclée pour signaler sa présence. 

- Mais, mais, qu’est-ce que?.....

Alors, il se retourne si brusquement qu’il bouscule la femme, derrière lui, qui hélas tient une coupe de crème de menthe verte. (D’abord, la crème de menthe se sert dans un verre, mais bon...) S’ensuit que la liqueur se répand sur sa blouse blanche et dessine une tache qui ressemble parfaitement à la carte de l’Afrique. Sauf qu’ici, l’Afrique n’est pas entre deux océans, mais entre deux mignonnes collines. 

- Oh, quel maladroit, je fais! geint-il, tellement à bout. Euh, acceptez-vous un million d’excuses, mademoiselle? 
- Vous, que voulez-vous que j’y fasse, hein? le cingle-t-elle, les dents serrées, follement furieuse. 

Et lui, affolé par sa vive réaction, perd la boule et sort vivement son mouchoir de la poche de son pantalon pour nettoyer la souillure, sise là où vous savez. Malencontreusement, ledit  mouchoir entraîne une pluie de dollars qui se répandent allègrement.   

Edgar ne sait plus où donner de la tête, d’autant plus que cette inconnue tire encore sa manche de gilet et là il sent son esprit en train de brasser sa boîte crânienne comme pour s’y échapper. En fin de compte, il se penche et commence la cueillette, car c’est pour une bonne cause, la sienne.

Pauvre Edgar, il est penché comme un coq qui cherche des vers et il hurle de joie à chaque pièce retrouvée, jusqu’à ce qu’un talon aiguille se pose sur la première phalange de son index droit. Il lâche un cri, non, un râle digne d’un baryton dans l’opéra, « La dame aux camélias ». Et un silence apeuré se fait pendant quelques secondes.

- Oh vous, laissez-moi! rugit-il à la femme à la crème de menthe, sur laquelle il se cogne, tout en se redressant et en la foudroyant du regard. Ça vous va bien de m’écraser le doigt, en revanche de votre blouse salie, hein!

C’est que cette femme à la tache, est attachée à Edgar par son cabochon qui a tiré une longue, longue maille à son chandail de laine bouclée. Et ce brin tiré a détricoté la manche jusqu’à l’épaule, dans un lamentable marathon, ce qui fait qu’Edgar a le bras droit dénudé. En voyant cela, il se retourne pour l’engueuler, mais elle est disparue. Et tout comme le fil d’Ariane, en fulminant, il pelotonne l’amas de laine bouclée et n’a d’autre choix que de suivre le parcours. 

- Je n’ai jamais eu aussi honte de toute ma vie! rage-t-il, le visage cramoisi par la haute pression. Je le savais qu’il y avait un mauvais présage!

Et les étudiants l’encerclent et rigolent, d’autant plus qu’il y a abus de crème de menthe verte. Or, pour Edgar, ça continue, et pour comble de malchance, la porte des toilettes pour dames s’est refermée sur le brin de laine bouclée, telle une vilaine mâchoire...à suivre...Et Edgar, au garde-à-vous, fixe la fibre, incapable de réfléchir. Soudain, la porte s’ouvre  énergiquement et l’inconnue à la blouse tachée et au cabochon, sort. Or, comme un malheur n’arrive jamais seul, la laine bouclée s’est enroulée, telle une couleuvre, autour des lanières de ses talons hauts. Alors pour se libérer, l’homme prend le brin de son chandail par terre et tire énergiquement dessus. S’ensuit un ridicule petit piétinement et elle s’affale sur le plancher. Il se penche pour l’aider à se relever, mais au même moment, la couronne de sa montre s’enchevêtre dans les longs cheveux. Il n’y a pas à dire, les deux sont pris de la tête aux pieds. Occupée à dégager ses jambes en gigotant, elle ne se rend pas compte qu’il est agrippé à sa chevelure, et irritée, elle le pousse impatiemment.

- Non, non, non! Ma queue!...
- Espèce de grossier personnage! siffle-t-elle, enragée.
- Je vous demande pardon, madame! Comme j’ai étudié chez les Frères de l’Instruction Chrétienne, il n’est pas dit que j’aie adopté à l’inverse, un laisser-aller grossier comme vous semblez le croire. C’est ma queue de…
- Si vous redites une autre fois ce mot, aboie-t-elle, je vous flanque une gifle qui détricotera le reste de votre chandail de bouffon!

Fouetté par sa réplique, d’un coup brusque, il dégage sa montre de la chevelure et elle hurle de douleur. Et lui, indifférent, continue de pelotonner sa laine bouclée qui le mène aux chaussures. Et Edgar va devoir défaire les nœuds.

- Mais, mais, mais que faites-vous là, à quatre pattes? Ce n’est pas parce que j’ai fait une chute que vous allez profiter de la situation! 
- Comme j’ai étudié chez les Frères de l’Instruction Chrétienne, en grammaire, «profiter», signifie tirer avantage et je vous avoue que je cherche l’avantage. Alors, soyez totalement rassurée, madame Gère, mène! 

Germaine, en effet, est écrit sur l’étiquette, qu’elle a collée sur son sein droit, dans l’énervement. Et lui, étouffe un fou rire, comme si le sein se prénommait Germaine. 

- Espèce de fumier! Qu’avez-vous à me reluquer le buste comme un porc en rut? rugit-elle. 
- Oh vous, commencez par arrêter de gigoter comme une truite hors de l’eau, j’essaie de me déprendre de vous avec le plus de courtoisie possible! geint-il, à bout de nerfs. 
- Ça, c’est dans vos rêves, nous ne sommes pas pris, monsieur?
- Je me prénomme Edgar!
- Nous ne sommes pas pris monsieur Edgar! Un cadeau de mon ex, sûrement du toc, que ce minable cabochon qui a démaillé une partie de votre gilet de laine bouclée. Sans cette babiole, je ne serais certainement pas allongée ici, prise dans les mailles de votre gilet, pour ne pas dire de votre filet. Et naturellement, toutes les façons sont bonnes aujourd’hui pour mettre le grappin sur une jolie femme.
- Heu, il y a un mot de trop, je dirais l’avant-dernier, ricane-t-il.
- Espèce de hareng impuissant, il vous va bien votre chandail de bouffon, à moitié fini, comme vous d’ailleurs…
- Vous allez trouver que je me répète, mais, comme j’ai étudié…
- Lâchez-moi avec votre Instruction Chrétienne! beugle-t-elle.
 - Depuis que je vous ai vue, c’est ce que j’essaie de faire, vous lâcher! Tiens, enfin, vous voilà libre, maintenant, faites de l’air! 

Et tout alla encore plus de travers, elle, traînant Edgar avec le brin de laine bouclée encore agrafé à son cabochon et le tricot s’est démaillé, devenant un vertigineux décolleté. Et les étudiants rigolent toujours. 

Or, maintenant calmée, elle a un flash, en l’observant attentivement. Et là, le pire restait à venir. En effet, Edgar, comme s’il le sentait, cessa de pelotonner, et la voyant le fixer, il fronça les sourcils, et devint couleur farine, en l’approchant, à six pouces du nez.  

- Non, non, non, c’est impossible! Ça ne se peut pas une pareille première rencontre de fous! gronde-t-il, en se tirant les cheveux. Hey, tu m’as envoyé une photo de toi avec une longue chevelure noire, qu’est-ce.....qu’est-ce....? Et en plus tu m’as dit t’appeler Laure et que tu étais petite!  
- Je peux tout t’expliquer, Edgar, tu es si beau! J’ai été obligée de changer mon prénom...à cause de plusieurs «blind dates»... 
- Non, non, assieds-toi, sur ton compliment, c’est là sa place, la coupe-t-il, complètement à cran. Et c’est quoi ça, plusieurs «blind dates?»

Maintenant, Edgar flotte dans une mare répugnante d’incompréhension.

Puis, elle lui raconte qu’elle a vécu plusieurs mésaventures douloureuses avec des «blind dates», et qu’elle se sentait donc incapable de s’afficher en vrai. Alors, à la table des inscriptions, elle a triché et a choisi de s’appeler Gertrude. Et pour être certaine de ne pas être reconnue, elle lui avoue que la semaine dernière, elle a teint ses cheveux en blond. Et finalement, elle s’est juchée sur des chaussures de six pouces, pour achever son camouflage. 

- Suis-moi, le supplie-t- elle, allons dans le corridor. 
- Ça ne donnera rien, tu m’as menti sur toute la ligne! riposte-t-il, en la suivant, malgré tout.
- Rappelle-toi que tu as taché ma blouse et tu m’as fait tomber...
- Hey, hey, hey, tu, tu, tu m’as écrasé l’index, détricoté mon gilet de laine bouclée, traité de grossier et de profiteur, et en plus j’ai fait rire de moi.
- Et toi, tu m’as presque scalpée, et dit que je gigotais comme une truite et que je n’étais pas jolie...
- Et toi, tu m’as traité de fumier, tu m’as dit que j’étais un porc en rut, un hareng impuissant, et l’air pas fini comme mon chandail de bouffon, s’égosille-t-il, tout en sueur.
- Edgar! Edgar! réveille-toi! murmure Laure, en le secouant doucement. Qu’est-ce qui se passe?
- Oh ma douce Laure, j’ai fait un cauchemar, un vrai enfer, geint-il, en se collant sur elle.
- Ce n’est pas bon de manger de la viande avant de se coucher, combien de fois.......!
- Tsut! Tsut! Tsut! Tu sais bien que je vais toujours aimer la nourriture de Laure...sourit-il.

©  Tous droits réservés, Raymonde

*   Image prise sur le Web
 
Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  1 commentaires


Je ne m’attendais pas à cette fin. Vraiment réussi .
Bellerive Posté le 11/02/2020 21:59:00



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