Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
 

Furie (Pour la vraie mise en page, cliquez le titre!)

30/08/2017 19:41:42

- J’ai justement ce que vous cherchez, chantonne le propriétaire de l’animalerie, en sortant de sa cage, un beau chaton tigré gris bleu.
- Oh, la belle petite boule de poils à maman! ronronne Martine en le prenant. Wow, c’est le top, en plus, il a les yeux bleus.
- Et vous savez, mademoiselle, ajoute-t-il d’une voix fort suave, ce chat d’origine incertaine, dit «de gouttière», est doté d’une santé de fer, comparé à un chat de race.

Et comme si le minet avait compris ce compliment, il joue la carte de la séduction en fixant intensément la jeune femme, puis il démarre son minuscule moteur de ronronnement. L’acheteuse, déjà amoureuse du minou, pour ne pas dire conquise, le contemple longuement.

- Je le prends, je le prends, je le prends! Toi, tu as capturé mon coeur passionnément, furieusement, s’exclame-t-elle au mini félin....Tiens, tiens, tiens, furieusement, Furie? Furie? Oui, toi, je vais t’appeler Furie!...

Puis, Martine paie fébrilement la transaction, comme si elle avait peur qu’on lui vole sa bête, mais tout de suite après, le vendeur s’enfuit au-devant d’une cliente. Elle trouve sa conduite, assez ordinaire, mais bon, rien n’est parfait en ce bas monde...Accroupie, elle ouvre le transporteur pour faire entrer Furie. Ce dernier, agrippé à la porte, miaule rageusement, tout en la griffant. Frustrée, elle cherche du regard le propriétaire qui semble fondu dans le décor. Finalement, elle hausse les épaules et reprends sa corvée...

- Tu sauras, mon beau Furie, le dispute-t-elle sévèrement, que tu n’es pas le premier félidé dans ma vie et je suis ta maîtresse et ça veut dire que c’est moi qui mène, entends-le!

Par je ne sais quel miracle, il plie l’échine et elle l’enferme. Ça c’était sans compter sur le tempérament fougueux, pour ne pas dire fou, de l’animal. Rendue chez elle, elle le fait sortir. Hélas, durant le trajet, le chaton a vomi de peur et de plus ses intestins sont purgés, s’entend ici, odeur et quantité.

- Là, là, là, ce n’est pas grave mon petit Furie d’amour, tu as été malade, maman va réparer le dégât, dit Martine attendrie, d’une voix suraiguë, comme quand on parle à un bébé.

Et Furie la fixe comme si elle était folle. Alors, armée d’un chiffon et d’une chaudière d’eau chaude, elle s’agenouille et nettoie en refoulant très fort plusieurs haut- le - coeur. Soudain, Martine a une drôle d’intuition à propos de son achat, mais elle la balaie du revers de la main. Et pendant ce temps Furie, taché comme un porc, se promène partout dans le salon en souillant meubles et tapis sur son passage.

- FURIE! hurle-t-elle, en l’empoignant. Ce dernier se débat comme s’il sentait qu’elle allait le laver et c’est ce qu’elle fit. En le tenant d’une main, elle pénètre dans la salle de bains et enfile ses gants de caoutchouc en s’aidant de sa bouche, puis emplit le bain. Oh là, là, là, là, champoing, crème rince, savonnier, savon, éponge, sels pour le bain, tout vole par terre. Et Martine, griffée comme une grille de mots croisés, l’immobilise et se dépêche de claquer la porte du pied. Et tout en lui parlant doucement, elle le débarbouille avec un savon pour chat et ce, malgré ses miaulements. Le séchoir à basse température parachève sa toilette. Furie, plus beau que jamais, savoure en toute confiance ce court instant d’osmose avec sa maîtresse.

Comme elle n’en peut plus, pour la nuit, elle l’enferme dans la chambre qui lui est attribuée, vraiment incapable de lui faire confiance...

Puis, elle range la salle de bains, après, va dans le salon et se tape deux heures de labeur pour finir de récurer. Épuisée, elle prend une douche et se laisse tomber sur son lit, où elle s’endort comme une masse.

Le lendemain matin...

- FURIE! s’égosille-t-elle, en courant pour le capturer, mais le chat ultra rapide se camoufle sous le divan. Et de là, Martine, à cran, aperçoit son mignon «peton», son museau tout mignon et ses petits yeux bleus si mignons, et malheureusement, elle fond littéralement. Vilain beau chaton, qu’est-ce que tu as fait?

Et encore une avarie, car minet a désempli le bac de toutes ses granules, en fait, il y en a partout. À nouveau du ménage pour elle, dont la patience s’effrite...mais...il est tellement craquant...Après avoir balayé, elle installe un dôme au-dessus du bac et cela bien inutilement, parce qu’il saute dedans et continue à tout éparpiller. Mais au fil des jours, elle parvient finalement à le prendre sur le fait et lui «puishe» de l’eau, mais Furie la regarde comme si elle était folle.

- Drrrrrrrrrrrrrring! Drrrrrrrrrrrrrring!
- Bonjour maman! Comment vas-tu? demande-t-elle, à bout de souffle, en répondant au téléphone.
- Bien et toi?
- Clap! Clap! Clap! Beding, bedang, beding, bedang! Oh, excuse-moi, le chat ravage encore, je te rappelle. FURIIIIIIIIIIIIIIIE!...à suivre...Et soudain, une intuition, elle court vers la cuisine...

- NON, NON, NON, c’est pas vrai! se lamente-t-elle, complètement ravagée.Monsieur chat est parvenu à ouvrir le bas des armoires et tous les chaudrons et couvercles jonchent le sol. Et naturellement, le coupable a disparu.

Elle soupire, car elle vient tout juste de terminer le nettoyage quotidien de sa chambre, constamment salie de granules éparpillées partout et là, elle va se taper des heures de lavage de chaudrons.

Elle passe son temps à le chercher, car jamais elle ne doit perdre de vue ce diablotin...

- Beding! Bedang! À ce bruit, énervée, elle se précipite au salon en se tenant le coeur...

- NON! hurle-t-elle en s’emparant d’un contenant et en lui «puishant» de l’eau, car il s’est hissé sur le meuble de la télévision, ce qui a fait chuter la manette et une trentaine de CD. Ensuite, devant elle, prestement, il grimpe sur le dessus de la télé plasma et il y marche, tel un funambule. Ouf, s’il fallait que l’appareil tombe! En vain, elle lui «puishe» de l’eau. Ça, mon minet, maman te dit que tu ne le recommenceras pas! s’exclame-t-elle en le chassant. Elle va chercher du tabasco s’en met sur les mains et frotte la surface du meuble en question, le dessus de la télé et finalement les fils qu’il a tendance à mâchouiller. Et Furie, assis par terre, la toise encore comme si elle était folle. Oh, tu es toujours tellement trop mignon, toi, je suis devenue ton esclave!

Elle s’en retourne à la cuisine et Furie la suit, ce qui la réconforte. Mais dès qu’elle a le dos tourné pour ramasser le dégât, il s’enfuit...Et de retour dans le salon, minou en profite pour se jucher de nouveau sur l’écran de télé, tabasco ou pas.

- Qu’est-ce qui se passe encore? dit-elle, inquiète du silence. Ouais, silence ou tintamarre, je suis constamment sur les nerfs et là, chaton, maman commence à être tannée!

Courroucée, Martine entre dans le salon, elle l’aperçoit sur la télé et cette fois elle l’attrape, il se débat et la griffe, mais elle l’enferme quand même dans sa chambre. Très naïve, elle espère néanmoins qu’il finira par comprendre le message, mais le têtu sait seulement que s’il miaule jusqu’à ce qu’elle soit à bout, elle va le libérer. Or, malheureusement c’est ce qu’elle fait, après des centaines de miaou. Affranchi, Furie la regarde comme si elle était folle, tout en se léchant les petons.

Quelle insouciance vis-à-vis les misères qu’il inflige à Martine! Fort heureusement qu’elle ignore la définition de son nom, car dans la mythologie romaine, Furie, veut dire: «Divinités infernales, au nombre de trois, qui étaient chargées d’exécuter la vengeance divine.» Mais ici, le chat y parvient parfaitement tout seul. Hélas, après cet échec, elle a essayé le «velcro» qu’elle a collé sur le dessus de l’écran, mais peine perdue, Furie y marche toujours.

- Mon Dieu, que j’ai été candide de croire que je parviendrais à en faire un bon animal de compagnie! ronchonne-t-elle. Il ne se laisse même pas prendre et la seule fois qu’il vient me rejoindre dans mon lit, c’est pour me taper sur la tête avec son peton afin de me réveiller pour que je me lève. Après il déguerpit...Aussi, debout, tous les matins dès six heures, elle le cherche et quand elle le trouve, elle inspecte toute la maison.

Elle ne le voit pas, mais quand elle le trouve...

- NONNNNNNNNNNNNN! s’égosille-t-elle en criant à son chat juché sur le dessus de la porte, et bien entendu après avoir saccagé la bibliothèque. Rouge de colère et d’impatience, elle est à cran. Tu vas rendre maman folle, espèce de tannant! Oh, oh, oh, moi, ce matin, je n’en peux plus, mais là, j’ai quelque chose pour t’aider à te calmer.

Alors, elle sort du tiroir, une laisse à chat qu’elle parvient à lui passer et elle attache l’extrémité à la poignée de la porte, ainsi elle croit avoir la paix. Mais Furie, comme si on le brûlait à la chandelle, se débat comme un petit diable et se libère pour s’enfuir dans le salon, sous le divan. Elle s’y précipite. Accroupie, elle tente de le faire sortir avec une gâterie qu’il s’empresse de saisir, rapide comme l’éclair et il retourne dans sa cachette. Elle va chercher la vadrouille pour le déloger, mais il s’est faufilé sous le coton de finition du divan, donc insaisissable. Après, elle brasse le sofa pour l’obliger à déguerpir, c’est inutile. Totalement abattue, elle va quérir son sifflet de guide, s’agenouille et siffle de toutes ses forces et Furie miaule en s’extirpant de son abri et se sauve. Épuisée, elle se relève très triste.

- Et comme si ce n’était pas assez, hier, il a mordu le gars du câble, murmure-t-elle pour elle-même. Oh, maintenant, j’ai besoin de parler à ma mère.    

Elle s’empare du téléphone et tente vainement de l’appeler, quand soudain elle se laisse descendre le long du mur et assise par terre, navrée, elle constate que le fil du téléphone est complètement sectionné. Furie a coupé le fil du téléphone et aussi sa dernière chance à cette adresse, c’est fini...
 
Martine ne compte plus le nombre de fois qu’elle a ramassé les granules, nettoyé les chaudrons, réaménagé la bibliothèque, jeté des souliers mâchouillés. Et dans le salon, le divan a des brins tirés partout, et ses rideaux de dentelle sont détériorés...

Cette mésaventure a duré un an et finalement elle a donné le félin à une de ses connaissances et n’a plus jamais entendu parler de lui. Elle a pleuré seulement quelques jours, tellement elle était profondément soulagée. Et quand elle y repense, elle se dit :«Non, mais ce chat, quel Furie, mais quel Furie!» 

©   Tous droits réservés, Raymonde 

*     Image prise sur le Web 

Publié par Ray •      


Ah les chats si mignons qui ronronnent.... elle le gardera surement malgré tout..... Merci Ray !
Danielle Posté le 31/08/2017 13:30:58
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