Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
 

Oh, vie, fais-moi signe (Pour la vraie mise en page, cliquez le titre!)

20/04/2017 15:20:25

À quarante ans, Delphine, une jolie rêveuse beaucoup trop accro au romantisme, croit toujours dur comme fer que la seule façon de tomber en amour c’est d’accumuler des signes qui lui désigneront «l’homme soeur». Aussi, persuadée que la vie va lui signifier le bon choix, elle s’est blindée d’exigences démesurées, éliminant ainsi tous ceux qui l’ont approchée de près. Sauf que maintenant elle exige tellement que ça arrive, totalement aveuglée par son obsession, qu’elle sabote complètement toutes ses chances. 

De son côté Sandrine, sa copine de maternelle, autant terre à terre que Delphine est lunatique, cherche à la raisonner en lui affirmant que la réalité est tout autre. Mais Delphine ne l’écoute que distraitement, juste le moment que dure la conversation, car inconsciemment elle refuse de changer et retourne constamment à son ornière : les signes.

- Drrrrrrrrrrrrrrrring!
- Allô! répond Delphine, en chantonnant.
- Et puis, y a-t-il du nouveau depuis avant-hier? lui demande Sandrine, perspicace et qui  connaît déjà la réponse.
- Euh, non..............mais pas pour le moment.
- Bon, à quoi tu t’attends, là?
- Sandrine, tu sais que je rêvasse de Laurent depuis plusieurs mois et bien cette nuit, dans mon rêve, il me demandait en mariage. Et ce matin, après t’avoir raconté ça, en m’en revenant de mes commissions, j’ai trouvé un papier sur le trottoir avec le prénom de Laurent dessus.
- Oui tu m’en as parlé, et alors?
- Et alors? Ce que je ne t’ai pas dit, c’est que c’était écrit :«Contacter Laurent», se justifie Delphine, impatiente.
- Et tu crois que c’est un signe?
- Oh, oui. Je ressasse là, mais ce papier se trouvait sur mon chemin et j’aurais pu ne jamais l’apercevoir....
- Bof, on appelle ça le hasard, ma chère!
- Le hasard n’existe pas et tu le cites souvent!
- C’est vrai, euh, est-ce que tu vas lui téléphoner? Il paraît que ce n’est pas tous les gars qui aiment ça!
- Hum, j’hésite, je vais y penser.
- Il y a un proverbe qui affirme :«Dans le doute, abstiens-toi»
- Pfft! Balivernes, ma douce Sandrine! rigole Delphine.
- Fais comme tu penses. Mais te souviens-tu que tu as vécu la même situation avec Thierry et que ça a duré quoi, deux ans?
- À peu près!
- Et bien que s’est-il passé avec tes quatre fiches remplies de supposés signes qui te le désignaient comme amoureux?
- Euh, ce n’est pas pareil, Thierry devait déménager et finalement, avec le recul, j’ai compris que la vie m’offrait une pratique pour m’amener à Laurent! répond-elle, de mauvaise foi.
- Sapré Delphine, va!
- Oh, excuse-moi Sandrine, je viens de recevoir un courriel, hein!...à suivre...Je te rappelle!
- Attends, tu m’avais dit qu’il y avait eu quelque chose de spécial avant-hier!
- Ben, je l’ai aperçu chez IGA, il ne m’a pas regardé, mais ce n’est pas grave. Je dois raccrocher!

Et Daphné dépose le récepteur, vraiment intriguée.

- Mais qui est «mecultranetpourtoi@gmail.com» qui m’a écrit? Comment a-t-il trouvé mon adresse courriel? Tout à coup que c’est un gentil inconnu poussé vers moi par le hasard. Oh, j’aimerais bien un homme tout doux, tout beau, juste pour moi! Voyons, j’ai Laurent. C’est quand même une étrange adresse. Je vais fouiller sur google, dit-elle en la tapant. Ah, bon? La romance va être brève, on répond :« votre recherche ne correspond à aucun document.» Zut, je suis curieuse, non, non, non, aussi bien revenir à mes merveilleux signes concernant mon cher Laurent.

Elle ferme l’ordi et là, sur un coup de tête, elle décide de lui téléphoner.

- Drrrrrrrrrring! Drrrrrrrrrring! Drrrrrrrrrring! Drrrrrrrrrring!
- Allô?
- Euh...........puis-je parler à Laurent, s’il-vous-plaît?
- Lui-même, répond-il, brièvement, puis il se tait.

Daphné, mal à l’aise, déstabilisée, se demande ce qui se passe. Elle est aussi perplexe que si on lui apprenait que Paris n’est plus la capitale de la France. Mais où sont les signes qui lui disaient que ce type était son «homme soeur»?

- Bon, alors je vais commencer par le commencement, ajoute-t-elle d’un ton plus qu’incertain. Je trouve que l’on se croise souvent et tu es bien à mon goût, alors c’est pour ça que je t’appelle.
- Ouais? Mais, je cherche, rappelle-moi où tu m’a vu.

Oh, là, là. Daphné ne peut tout de même pas lui avouer qu’elle l’a vu surtout en rêvassant, ainsi que dans son rêve de mariage la nuit passée et encore moins lui parler du papier trouvé avec les mots :«Contacter Laurent.» Elle se sent tout à coup ridicule et très triste. Et comme si Laurent s’en rendait compte, il l’invite à aller prendre un café.

- Oh ça serait chouette! s’extasie-t-elle, en se retenant de crier de bonheur. Où, ça te tente d’aller? Et surtout quand?
- Bien, que dirais-tu du nouveau café «La dernière tasse», cet après-midi à deux heures?
- C’est parfait pour moi!
- D’accord, termine-t-il, en raccrochant.
- Yé, je le savais que c’était lui! chantonne-t-elle en sautillant de joie.

Surexcitée, Daphné rappelle immédiatement Sandrine.

- Drrrrrrrrrrrrrrrrrrrrring!
- Allô?
- Sandrine, ma chouette, devine!
- Hum, vite comme ça, je ne sais pas! Qu’est-ce qui t’arrive?
- Je m’en vais prendre un café avec Laurent à deux heures! Que dis-tu de ça, ma sceptique des signes!
- Ouais, tu lui as donc téléphoné!
- Oui, madame. Et là, je te laisse pour préparer mon dîner, faire la vaisselle, prendre ma douche et surtout fouiller ma garde-robe. Je pense que je vais porter ma nouvelle robe rouge clair.
- Excellent choix, alors A+.

Hélas, en après-midi, Daphné s’impatiente, car il est deux heures vingt et Laurent brille par son absence.

- Zut, la ponctualité ne l’étouffe pas, rage-t-elle, en faisant le pied de grue. J’attends encore dix minutes et je m’en vais.

Sur ce, sitôt pensé, monsieur arrive et il ne s’excuse pas de son retard. Déçue, elle n’en revient pas. Alors, sans la saluer ou lui sourire, il passe devant elle, ouvre la porte, entre, tandis que ladite porte claque au nez de notre demoiselle. Et la suite de la rencontre alla de mal en pis, car après avoir commandé son café, il se mit à le boire en faisant un bruit d’arrière-grand-père, pour ensuite s’essuyer la bouche avec la manche de son chandail et le tout dans un silence de cathédrale. Notre romantique regarde l’heure, totalement désintéressée, tel un ballon qui se dégonfle.

- Pas de ponctualité, pas de politesse, pas de savoir-vivre à la table et pas de discours, songe Daphné, qui se lève pour partir.

Laurent la regarde.

- Merci pour l’invitation, mais je dois y aller, lui dit-elle en sortant brusquement.

Et rendue chez elle, elle téléphone, en larmes, à Sandrine et lui raconte tout en détails.

- Tu sais Daph, j’ai lu quelque part :« Rien n’arrive par hasard! Toute relation n’est pas destinée à fonctionner. Certaines sont juste destinées à t’enseigner quelque chose.» Se pourrait-il que cette rencontre t’apprenne que le seul vrai signe c’est la réalité?
- Ouais, renifle son amie. La leçon est dure, et c’est un échec.
- Il faut se dire :« Dans la vie, j’ai des succès et des apprentissages!» Allez Daphné, viens chez moi, on va prendre une coupe de ton vin préféré et on va jaser entre femmes...
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiii! merci d’être là, mon amie! Oh vie, fais-mois signe, et bien une amie véritable, ça c’est un signe!...

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Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  2 commentaires


Hum, du déjà vu, entendu et vécu! On s'y reconnait surement plusieurs d'entre nous. Beau texte, bien ecrit encore une fois Ray. Je te souhaite un super de bel été !
Danielle Posté le 12/05/2017 12:36:09
Cela prend une grande romantique pour en raconter une autre!  Cela devrait faire une bonne finale...  je l'attends avec impatience.
Michelle Posté le 21/04/2017 17:30:00



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