Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
Cliquez le titre! (NOUVEAU)

Rupert et Rita (NOUVEAU) (Cliquez le titre!)

13/09/2019 00:42:52
Ils ont leur premier rendez-vous ce 24 juin 2004, à 18 heures, à « La bouchée joyeuse», petit casse-croûte de petite ville qu’est Pointe-Brune, à peine dix mille âmes. Rita a revêtu sa robe en coton bleu poudre, de la couleur de ses yeux, avec un col Claudine blanc, de la teinte de ses cheveux, si non teints. Mais, aujourd’hui, elle est rousse, fière de son 5 pieds 6, avec un poids de 115 livres. Hélas elle est pauvre, mais heureusement très jolie. Or, comme le hasard aime s’amuser, Rupert, lui, c’est le contraire, au niveau financier seulement, car il est vraiment canon. Tous les 2, âgés de 40 ans, ils ont fait connaissance sur Internet, via Réseau contact. Rupert habite Cap-Vert, tant qu’à faire. Et ici, on a, Pointe-Brune, bleu poudre, Cap-Vert, on fait vraiment dans les couleurs, serait-ce un bon signe?
 
Rupert halète comme un phoque dans sa Porsche boxter rouge vif. 
 
- Dans quoi me suis-je embarqué ? Ma foi, je vais y laisser mon système nerveux, gémit-il, en épongeant son front luisant de sueur. 
 
Il inspire et expire comme un naufragé en pleine panique. Stressé par sa demi-heure d’avance, il a fait rugir sa voiture pour une courte virée à Pointe-Brune, histoire d’impressionner Rita.  
 
Chez elle, Rita fait les cent pas sans arrêt, du salon à la cuisine et de la cuisine au salon de son 2 1/2. Une vraie ourse en cage en proie à des battements de cœur affolés. Elle se mord le poing et a envie de pleurer. 
 
- Dans quoi me suis-je embarquée, dans quoi me suis-je embarquée? se lamente-t-elle, avec regret.
 
Hélas, elle n’a pas les coordonnées de Rupert pour se décommander. Et de toute façon, en bonne fille qu’elle est, elle ne pense pas qu’elle pourrait laisser tomber ce «blind date ». Elle regarde l’heure nerveusement presque à toutes les minutes et l’hystérie la frôle. Il est 17h.25.
 
- Oh mon doux! Dans quoi me suis-je embarquée?
- Embarquée! Embarquée! crie Coco, son perroquet qui vient de se réveiller.
- Que vais-je faire? Au secours! supplie-t-elle, stressée.
- Que vais-je faire? Au secours! hurle la bête, de sa voix criarde.
- Je ne veux plus y aller!
- Je ne veux plus y aller! Je ne veux plus y aller! répète l’animal sur le même ton.
 
Et Coco amplifie et multiplie le désarroi de sa maîtresse. Elle accourt vers lui, menaçante, et donne une tape sur la cage de métal qui oscille, répandant ainsi des centaines de graines par terre.
- La ferme!
- La ferme, Mathurin, Mathurin, la ferme! cancane le volatile.
Rita cherche en vain la housse pour recouvrir la cage, mais elle ne décolère plus et elle n’y voit goutte, ce qui la rend en nage.
- Ta gueule, Coco! La ferme!
- Ta gueule Mathurin! Coco et Mathurin, secours, secours! grasseye Coco.
 
Hors d’elle, notre amie...à suivre...lui pulvérise de l’eau à plusieurs reprises. 

- La pluie tombe, au secours, au secours! 

Complètement à bout, elle prend la cage et la déménage dans la chambre d’amis, puis hélas elle retourne devant son miroir pour la centième fois. Tellement échauffée par la nervosité et la colère que sa mise en plis s’est resserrée en une affreuse coupe « afro », car elle frise, façon crépue. Maintenant, elle est blanche de rage, la tête comme un bélier, roux, évidemment. Et comme s’il lui en manquait une tasse, son collet Claudine est si empesé qu’il a tendance à s’élever au-dessus des épaules, tellement que l’on dirait une mangeoire. Elle se fait une grimace et ne sait plus ou donner de la tête. Oups! Il ne faut pas parler de sa tête.

Stationné devant l’immeuble de sa correspondante, Rupert, pour tuer le temps insère le CD de Céline Dion « Deux », dont il  connaît toutes les paroles. Les vitres baissées, la tête appuyée, il s’égosille, les veines du cou saillant dangereusement et son teint de la couleur de sa voiture en fait preuve. Il ferme les yeux tant l’effort est grand. Tout, sauf penser au trac qu’il ressent, à la peur du rejet ou à la déception plus que possible.

Le temps passe et Rita, incapable de rabattre son col retroussé, elle l’arrache d’un coup. Apparaît alors une vilaine couture montrant une encolure très mal taillée, justement camouflée par ledit col. En nage, bouclant plus que jamais, elle enlève sa robe, enfile un jean et un T-shirt et se visse vigoureusement une calotte sur la tête.

Or, l’homme, lui, en est à la face 2, de « Deux ». Il regarde l’heure, 17h.50. Paniqué à l’idée que la femme ait pu le surprendre dans cette pose, ou qu’elle lui fasse faux bond, il se met à engourdir des bras. Haletant, il les secoue comme la danse du canard et ce, pour se calmer, mais en vain.

Et sur l’entrefaite, mademoiselle sort de l'immeuble, quand soudain le vent lui arrache sa calotte, mais elle n’en tient pas compte. Rita ignore qu’elle n’a jamais été aussi belle. Avec ses joues en feu, sa tête à la Diana Ross, son T-shirt turquoise moulant et son regard de biche effarouchée, séduisante est le seul qualificatif approprié. Puis, elle l’aperçoit de l’autre côté de la rue et le rejoint, complètement désemparée par le trac. 

- Par… pardon monsieur, auriez-vous vu, par hasard, un étranger? demande-t-elle, les yeux exorbités.
- Un étranger? Quel étranger?
- Un monsieur sur Internet.

Affolée, elle ne sait plus que dire des idioties et elle regarde partout, mignonne  et attendrissante. Il la contemple et il ressent un intense coup de coeur. Il sait maintenant, sans l’ombre d’un doute, qu’elle est pour lui, adieu la panique! 

- Bonjour mademoiselle Rita! 
- Bonjour Rupert, dit-elle timidement. 
Elle cligne des yeux, observe autour et n’ose plus le regarder, tellement impressionnée par sa beauté. Puis, doucement, elle ose le fixer. Et alors, il sort de la voiture et lui ouvre galamment la portière.

- Prête? 
- Oh, oui, sourit-elle, un peu apprivoisée.
- En route vers « La bouchée joyeuse»! lance l’homme enthousiaste, comme s’il partait pour une virée autour du monde. 

* Ici, chers lecteurs si intelligents, vous devez savoir qu’après leur départ, je suis allée porter la calotte de Rita dans sa boîte à épingles à linge. 

Or donc, 15 ans plus tard, à chaque année, ils reviennent à « La bouchée joyeuse » pour commander la même chose que la 1re fois, c’est-à-dire chacun un hot dog relish, moutarde, « steamé » avec un gros frite, sel, vinaigre et un «coke» géant. Puis, après ils s’installent à leur table et cognent leurs verres en se reluquant et en disant en même temps :« À Rupert et Rita!»

©  Tous droits réservés, Raymonde

*   Image prise sur le Web
Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  2 commentaires


Histoire réaliste on sent le stress du premier rendez-vous.ça m’a plus
Louisebellerive Posté le 13/10/2019 17:23:47
Bravo eternelle romantique!  Tu me fais sourire en cette fin de journée pluvieuse!  Qu’est-il arrivé au perroquet?
Michelle Posté le 07/10/2019 22:30:33



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