Rayenchante
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Seul contre la foule (Pour la vraie mise en page, cliquez le titre!)

31/08/2015 17:39:21
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- Con-fé-rence! Con-fé-rence! Con-fé-rence! scande énergiquement un petit nombre de gens condamnant ainsi le retard du pauvre Ovide, médaillé d'or de l'échec.

- Oh là, là, il n'y a que trois pelés et un tondu dans la salle, gémit-il en proie à la panique.

En effet, il vient de fouiner discrètement entre les deux pans du rideau sur la scène et une forte suée s'abat sur lui comme la misère sur le pauvre monde. Et de ce fait, sa chemise orange en coton devient plus foncée et son col retrousse vers le haut. Glacé d'effroi, il regarde ses vêtements et il piétine de rage, ce qui lui mouille le dos. De plus, Ovide a les pieds gelés, les mains moites et le tout accompagné d'une affreuse migraine qui lui martèle les tempes. Il a également envie de vomir et il veut mourir, là, tout de suite. Malheureusement, il sait très bien qu'il ne succombera pas à ses malaises et qu'il doit faire face aux violons, même s'il n'y a pas de musique pour sa conférence. Alors désespéré, il lâche les rideaux et recule en fixant les coulisses comme pour trouver une échappatoire.

- Je dois absolument me calmer, se tance-t-il, en inspirant et en expirant si fortement qu'il se fait mal aux côtes. Et bien, tiens, tiens, tiens, je n'ai plus mal à la tête, c'est déjà ça.

Encouragé, il se redresse brusquement les épaules au risque de se les déboîter, puis il s'avance.

- Bonsoir monsieur et messieurs, tremblote-t-il en oubliant qu'il est encore caché. Aussi, il tâtonne pour retrouver l'ouverture de tantôt, tandis que le maigre public rigole autant qu'une ovation debout. Euh, bonsoir  mesdames et mes voeux...Voyons, euh, bonsoir mes-da-mes et mes-sieurs! 

Il trouve enfin la brèche, s'y faufile, s'approche de l'assistance lilliputienne et se présente en s'inclinant comme à la fin d'un spectacle, probablement parce qu'il a trop hâte d'échapper à ce supplice. 

- Je me présente, Ovide Hachey. Chus "t'ici", euh.........je suis ici ce soir pour vous parler d'un sujet qui n'est pas drôle du tout: La souffrance en général. Euh...........j'entends par là, non pas la souffrance d'un homme dans l'armée, mais la souffrance en général.

Et soudain, comme devenu juste un système nerveux sur pattes, il se met à arpenter la scène comme les comédiens au théâtre. Il se promène rapidement en longues enjambées, de gauche à droite, tant et si bien, que l'on croirait que l'assistance regarde un match de tennis.

- Alors! s'emporte-t-il subitement, au point de faire sursauter les gens. Alors, que pouvons-nous dire sur la souffrance?
- C'est de t'entendre jargonner, rigole un des trois pelés, en s'esclaffant et en se tapant les cuisses.

Et l'infime auditoire s'éclate lui aussi. Le pauvre Ovide veut encore mourir de honte, mais on le sait enchaîné et condamné, parce qu'il n'a pas le cran de s'excuser et de quitter la scène.

- Donc, je disais que l'on se questionne tous sur la souffrance, gémit-il. Et de mon côté ce soir, je dirais que j'en avale une large part, là, tout de suite. Et pourquoi, me direz-vous et peut-être pas?
- Est-ce que ça nous intéresse vraiment? répond un effronté dans l'assemblée.
- Euh!...Vous là. Vous savez, le silence est d'or, et cela, même si mon discours vous endort...

De son côté, le rigolard le défie en crânant. Et là, notre orateur, complètement perdu, pouffe hystériquement, façon un âne qui s'accroche le bas-ventre dans un barbelé. Fatalement, ceux qui l'écoutent gloussent, eux aussi, dans un joyeux vacarme. Enfin, pour se ressaisir, Ovide se tape le front si énergiquement, que le petit groupe sursaute encore.

- Où en étais-je? se questionne-t-il, broyé par le trac et l'esprit totalement embrouillé. Oh oui, la souffrance. La souffrance est une charrue qui nous laboure l'âme et pour cela, pas besoin d'être cultivateur, croyez-moi! D'ailleurs, la souffrance vient du latin, "passus", mais hélas elle n'est "passulement" pour les Latins!

À ce mot, les auditeurs se tordent d'un fou rire capable de décaper les oreilles les plus chargées. Perdu depuis le début, Ovide ignore pourquoi le public s'amuse.

- Oh, excusez-moi, se reprend-il, paniqué en fouillant convulsivement les poches de son veston pour s'agripper à son carnet de notes. Je crois que je me suis trompé. Euh...Souffrance en latin se traduit par "passus", mais il me semble qu'on ne le prononce pas comme on le lit, sinon ça fait rigoler et le but de mon propos, c'est la souffrance, alors...Bien, je pense que l'on dit, hum, euh, je ne sais plus,  peut-être "patsus".

Les spectateurs pleurent de rire, et ce fiasco semble indiquer clairement le mur sur lequel Ovide se dirige, la tête la première. Il se tapote de nouveau les poches et enfin, met la main fébrilement sur ledit carnet qu'il échappe par terre et qu'il piétine sans s'en apercevoir. Il se penche, sa colonne vertébrale émet le bruit d'une fracture, il ramasse le calepin en déchirant une feuille et il se relève en s'excusant.

- Dieu, quelle cruelle et longue agonie, ça ne finit plus! songe-t-il, avec une envie de hurler. Donc nous en étions à la prononciation en latin, oui, oui, oui c'est ça, "passus", je n'étais "passus", euh.....pas certain de la prononciation...
- Par contre, nous c'est certain que l'on se bidonne! s'exclame un pelé dans la salle.

Ovide l'ignore, car depuis soixante minutes il s'est blindé d'une lourde cuirasse afin de pouvoir terminer son discours. Il sortira sa rage, après la soirée seulement...

- Je disais donc que pour la prononciation il faut ajouter "se" à la fin de "passus", comme si on écrivait "passusse" car on doit entendre la dernière syllabe. Mais surtout ne l'orthographiez pas ainsi, car vous ferez une faute.

En tremblant, il feuillette ses écrits et le peu d'espoir qui lui reste s'effondre.

- Bon, enfin, euh, malheureusement le temps est écoulé et en survolant mes références, je n'ai pas formulé la moitié de mon sujet sur la souffrance, constate notre lamentable conférencier, le regard vide. 

Immédiatement, des applaudissements nourris se déchaînent et l'achèvent, tandis que les douze personnes de l'assistance l'ovationnent. Étourdi, Ovide salue comme au début, cherche encore les pans de rideaux pour s'enfuir et parvient finalement à quitter la scène en courant. Et là, il fulmine un quart d'heure dans sa garde-robe, euh, je veux dire dans sa loge.

On sait qu'une médaille a toujours deux revers, aussi Ovide Hachey a été repéré ce soir par un imprésario qui n'avait vraiment rien de mieux à faire. Et ce dernier s'est tellement amusé, qu'il l'a rejoint dans sa garde-robe, euh, je veux dire dans sa loge et à force de persuasion il a obtenu sa promesse de s'inscrire à l'École nationale de l'humour. Ensuite, guidé par ce manager, Ovide a converti ses maladresses et sa gêne en alliés de travail, et finalement, il termine premier de sa formation.

Aujourd'hui, c'est l'humoriste le plus renommé et le plus couru, après Louis-José Houde. Et dernièrement, j'ai assisté à un de ses spectacles intitulé: La souffrance je m'en balance, et c'est garanti, cent pour cent rire. Oh, j'oubliais, son nom d'artiste est "Hachey fin", or, maintenant Ovide est excellent, seul AVEC une vraie foule...
 
©   Tous droits réservés, Raymonde

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Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  4 commentaires


"Hachey fin!" Heureuse fin en effet! Quelle imagination, merci de la partager.
Michelle Posté le 26/09/2015 00:53:33
Oh! le trac de la scène, c'est quelque chose, on en sait rien si on est jamais monté sur les planches. Pauvre diable, il y en a qui se rende malade et qui ne parvienne pas à devenir artiste ou vedette. A suivre, c'est certain, mais il me semble que pour lui, ce trac et sa façon d'agir devant son public lui a valu cette opportunité de se faire remarquer. Bonne chose, d’après moi. J'ai hâte de lire la suite !
Danielle Posté le 18/09/2015 13:06:31
Tiens! tiens! une nouvelle intigue pour une nouvelle saison. Je suis bien contente de te retrouver et en pleine forme me semble-t'il. J'espère que tu connais la suite...
Michelle Posté le 02/09/2015 02:05:06
Ça fait du bien de te  retrouver et de retrouver ton écriture humoristique. En effet, ça me fait toujours sourire! Pauvre Ovide, comme je serais mal à l'aise à sa place et que je le trouve très brave d'affronter une si petite audience... Je dois dire que moi, j'aurais pris mes jambes à mon cou et je me serais enfuie de cet endroit hostile!.... J'ai bien hâte de lire la suite pour savoir comment il s'en sort! Tu as toujours le tour de nous laisser sur notre appétit, comme à la télé, quand on nous laisse sur une intrigue à la dernière minute de l'émission qu'on suit.... Il nous faut attendre et attendre encore pour avoir enfin la suite des choses!  Chanceuse, toi, qui connais la suite déjà!!!!  Au plaisir de lire comment ça finit pour le pauvre Ovide. C'est pour quand déjà, la fameuse suite??? Très contente de te retrouver et au plaisir de te lire très bientôt.... Très amicalement, reçois le salut de ta "fan finie" !!!
Jocelyne Posté le 01/09/2015 09:58:15



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