Rayenchante
Un petit quelque chose de bienfaisant, j'espère...
 

Tout un cadeau de Noël (Pour la vraie mise en page, cliquez le titre!)

24/11/2017 17:07:47

Dans «Bobard ou vérité », un journal local, quotidien, on peut lire cette publicité :

En ce temps des fêtes, message du directeur de l’agence de rencontre «Prends courage», monsieur Désiré Folamour-Ratté :

«Bienvenue à tous et toutes à l’agence de rencontre «Prends courage», maintenant devenue l’agence numéro un au Québec. Ce site à but lucratif, se veut le meilleur, parce qu’il est  reconnu par des dizaines d’abonnés. Nous n’avons aucun taux de réussite puisqu’il faut bien se rappeler que l’on peut faire dire tout ce que l’on veut aux chiffres. Aussi, nous nous moquons de cette fausse comptabilité parce que notre agence est plus sérieuse que les autres. Chez nous, nous ne nous occupons que de nos membres...

Et pour vous le prouver, pour novembre et décembre, comme gracieuseté, c’est un honneur pour moi de donner le 1er mois gratuit à toutes les inscriptions féminines, qui viendront me rencontrer.

Je vous attends donc avec impatience à mon bureau, situé au 350, rue D’Amours, à St-Jude-des-demeurés.»

Chaleureusement,

Désiré

- Ouais, drôle de nom, drôle de rue, drôle de campagne! Mais pourquoi veux-tu m’offrir ce cadeau, demande Valérie, après l’avoir déballé.
- C’est bientôt les fêtes, suite à la lecture de cette annonce, j’ai pensé te faire plaisir en t’offrant le montant de l’inscription, répond Daniella, sa copine de toujours.
- Pffff! Pourquoi? Tu sais très bien que je ne crois plus à ce genre de sornette! réplique-t-elle vivement.
- Tut, tut, tut, parfois il faut faire fi de nos préjugés et avancer malgré eux et aussi malgré les expériences décevantes. Et cette fois c’est différent, il ne s’agit pas d’Internet, mais d’une rencontre réelle, dans un bureau, avec un professionnel. Écoute Val, tu as juste 30 ans, tu es gentille et mignonne comme un coeur! Tout à coup qu’il y a un mec canon qui n’attend que le moment où tu vas adhérer à «Prends courage»? Tu sais, le hasard, sans foi, ni loi, peut lui aussi se laisser charmer par toi et qui sait ce qui peut t’arriver? 
- Me semble, oui!
- Le cynisme ne te va pas du tout, toi, si optimiste dans la vie, la conforte Daniella.
- Hey, on dirait que tu ne m’écoutes pas! Je t’ai répété des milliers de fois que je ne voulais plus être sur les sites de rencontres, ça inclut les agences avec un entretien, d’autant plus que tu es au courant que ça n’a jamais marché.
- Tu as raison, mais j’ignore pourquoi, j’insiste amicalement, ça me semble sérieux, cette fois-ci. De plus, ça peut être amusant d’avoir des téléphones pour un possible rendez-vous! Rappelle-toi la fébrilité dans l’attente, on a bien rigolé toutes les deux, il y a quelques années!
- Si je comprends bien, ce cadeau c’est aussi pour toi! la taquine Valérie.
- Un «tit» peu, sourit-t-elle gentiment, moi je ne peux pas, j’ai mon amoureux, mais toi? Allez, dis oui, d’ailleurs cette agence est tout près!
- Oh, bon, d’accord, d’accord, mais à une condition! exige fermement Valérie.
- Oui?
- Après trois échecs, j’arrête tout, même si les trois mois d’abonnement ne sont pas terminés.
- Tope- la! s’exclame Daniella, en levant sa main pour claquer celle de son amie.

Malheureusement, après l’insistance de sa copine, Valérie passe la soirée agitée, regrettant sa réponse. Mais avant d’aller se coucher, très abrutie par le doute, finalement elle maintient son oui et dès demain, elle va téléphoner pour contacter monsieur Désiré Folamour- Ratté.

- Tu parles d’un nom! Ma parole, ça a l’air bien bizarre et bidon, tout ça! Bof, la nuit porte conseil...

Et le lendemain...

- Ouais, aujourd’hui, c’est le grand jour! se parle-t-elle, déjà debout et fin prête.

Sur Internet, avec google maps, l’adresse de l’agence est un tout petit patelin qu’elle ne connaît pas, situé deux pouces à côté de la carte. Par contre, elle n’a rien trouvé sur «Prends courage». Alors, tel que convenu, elle téléphone à monsieur Désiré pour prendre rendez-vous. C’est ainsi qu’il lui apprend qu’il faut juste une photo récente, elle lui répond qu’elle en possède une et de cette façon elle obtient une entrevue dans la demi-heure qui suit...

- C’est pas possible! Es-tu bien qui je pense? Mais qu’est-ce que tu fais, ici? s’exclame-t-elle en apercevant le directeur de «Prends courage»...à suivre...Maintenant, te voilà rendu homme d’affaires? Toi, Vincent Valois, si je m’attendais à te revoir, ici! Hey, ça doit dater d’il y a 10ans?
- Oui, le 27 décembre 2007, précisément, je me rappelle très bien, répond-il en s’installant à son bureau et en lui désignant une chaise.
- Ça a duré le temps d’un soupir, cette rencontre.
- Ouais, mais j’en garde quand même un excellent souvenir. Bon, si tu veux bien, passons à ton entrevue.
- D'accord, mais avant, qui est Désiré-Folamour-Ratté?
- Euh, je voulais un pseudonyme accrocheur pour ma publicité et c’est réussi car la clientèle augmente à chaque jour. Alors, prête?
- Oui, dit-elle, en souriant, plutôt gênée.
- D’abord je t’explique les politiques de l’agence et après si cela te convient, je vais remplir ta fiche. Donc, ici il en coûte $100. pour adhérer à «Prends courage» et ce, pour une durée de 6 mois. À date ça te va?
- Hum, hum...
- Nous possédons un catalogue «hommes», auquel tu auras accès après ton inscription. En le consultant, si un des membres t’intéresse, je lui téléphone, après, il vient voir ta fiche et si tu lui plais, je te contacte pour te donner sa réponse et son numéro de téléphone. À ce moment, un coût de $20. est exigé. Il en est ainsi à chaque demande de part et d’autre.
- Ouais, on dirait que j’achète un mâle : un catalogue, un choix et des frais.
- Tu sais, chez certaines agences, tu ne vois jamais de photo et c’est beaucoup plus onéreux.
- C’est bon, j’accepte les conditions, remplissons la paperasse!

Une demi- heure plus tard, son dossier est complété, puis Valérie s’en retourne chez elle, le coeur réjoui.

Et déjà, le lendemain, après un appel du directeur, elle va consulter le catalogue et accepte de faire la connaissance de Damien. Mais hélas, cette 1re rencontre s’est assez mal passée. Pourtant, tout augurait bien. Damien, époustouflant de beauté, binette pour un magazine de mode, mais d’un égocentrisme et d’une nervosité extrêmes.
- Drrrrrrrrrrrrrrring! Drrrrrrrrrrrrrrrring!
- Allô, répond Val, d’un ton indolent.
- Comment vas-tu? s’enquiert Daniella, en souriant. As-tu eu du plaisir avec ton beau Damien, allez je veux tout savoir.
- Euh non, pas du tout, tu ne me croiras pas. Imagine-toi donc qu’il voulait me faire une surprise, alors il m’a invitée à une soirée de lutte!
- Es-tu folle? Qu’est-ce que c’est que ça?
- Et pendant toute la soirée, tu aurais dû le voir se lever debout, crier des bêtises à l’adversaire de son lutteur favori, rugir comme un fou et même lancer à bout de bras un verre de carton sur le ring. Je me cachais le visage tellement j’avais honte, gémit Valérie, désenchantée. En fait, je suis partie sans qu’il s’en rende compte.
- Ouais, je ne sais pas quoi dire!
- Là, ça continue, c’est un feu roulant, car Vincent Valois, le directeur de l’agence dont je t’ai parlé, m’a contactée ce matin. Un autre membre, prénommé David, aime mon profil et j’ignore si ça me tente de retourner consulter le catalogue. Bof! murmure-t-elle, en haussant les épaules.
- Mais, alors, c’est bon signe, il y a un autre mec! Allez, allez, allez, tout n’est pas fini, tu as encore droit à 2 autres essais!
- Mouais...bon, il faut que je te laisse mon lavage vient de se terminer, A+.
- A+, ma belle Val! Fonce!

Aussi, après mûre réflexion, elle retourne à «Prends courage» et accepte de rencontrer David, puis elle paie les frais de $20. En le voyant, un coup de coeur, il est bien à son goût, lui aussi, mais, il y a toujours un mais, n’est-ce pas?

Sauf que le lendemain, cette fois, c’est Val qui s’empresse de téléphoner à Daniella.

- Allô, chantonne sa copine, folle de joie, d’avoir déjà un compte rendu.
- Ne te réjouis pas trop vite, ça s’est mal passé à nouveau! David est plus que charmant, poli, raffiné, excepté qu’il est toujours prisonnier de son passé. Toute la veillée, il n’a parlé que de son ex, de ses défauts, de ses exigences et j’en passe. C’est très plate et en aucun moment il ne s’est intéressé à moi. Alors, comme j’en avais ma claque, je l’ai quitté en lui souhaitant bonne chance.
- Ouais, ouais, ouais, c’est difficile, mais ne dit-on pas «jamais deux sans trois»? Peut-être que le prochain sera le bon! l’encourage Daniella.
- Je n’ai plus aucun espoir de rencontrer quelqu’un qui me corresponde! Et tel que convenu, ça va se terminer avec ce troisième rendez-vous.
- Qui sait, ma belle Val, ce que la vie réserve. C’est facile pour moi de te dire ça, mais je le pense sincèrement.

Et quelques semaines plus tard, on la contacta une fois de plus pour l’inviter à aller consulter la fiche de Thomas. Heureusement, il correspondait à tout ce qu’elle cherchait, avec un charme du tonnerre en boni, mais il y a toujours un mais, n’est-ce pas? Or, une fois de plus, ça n’a pas fonctionné...

- Je te répète Daniella, argumente Val, impatiente, je suis incapable de gérer autant de distractions chez un homme!
- Mais, tu m’as avoué tantôt qu’il avait tout ce que tu désirais! rétorque-t-elle, vivement. C’est un petit défaut, plutôt mignon.
- Oh oui? Il oublie de me téléphoner et l’agence doit s’en mêler, après, il arrive en retard parce qu’il avait perdu ses clés et sa cravate était à l’envers. Et ce n’est pas tout, il n’était pas coiffé, on aurait dit qu’il avait subi une décharge au 220....hum, c’est une mère qu’il lui faut. De plus, quand je lui parlais de moi, il était distrait, tellement, que je me sentais seule. Moi, je trouve que ce n’est pas mignon du tout, je préfère rester célibataire et cela conclut notre entente avec ton cadeau de Noël.
- Tu n’as pas le goût de....
- Tut, tut, tut, n’essaie même pas, c’est fini! Je t’avais dit, 3, j’épouse le célibat!
- Bon, tope-là! concède Daniella, très déçue que ça n’ait pas marché et que, finalement, son cadeau n’en soit pas un.

Mais elle continue d’avoir une bonne intuition.

- Drrrrrrrrrrrrrrrring!
- Allô, répond Val, indifférente, allongée sur le divan, les yeux fermés.
- Euh, Valérie?
- Oui, dit-elle, en s’assoyant vivement et en reconnaissant le numéro.
- C’est Vincent, de l’agence «Prends courage».
- Non, je t’arrête tout de suite, je ne veux plus rencontrer personne, y’en a marre, le coupe-t-elle, fermement.
- Justement, toussote-t-il, ce n’est pas pour une consultation, mais là, je vais te le dire rapidement parce que j’ai un trac fou, je ne t’ai jamais oubliée. Je sais, ça fait cliché, ça fait film guimauve, mais c’est la vérité.
- Ben, voyons donc! s’exclame-t-elle, très surprise...
- D’ailleurs, c’est pour ça que j’habite à St-Jude-des-demeurés, à deux pas de chez toi et je t’avoue que j’avais très peur que tu rencontres quelqu’un d’autre à l’agence. Mais sois assurée d’une chose, je n’ai jamais triché, je suis demeuré professionnel.
- Tant mieux, ajoute-t-elle, c’est une belle qualité l’honnêteté, j’apprécie ton geste.
- Merci. Euh, j’aimerais beaucoup un rendez-vous avec toi pour te parler de notre première rencontre à laquelle je n’ai pu donner suite.
- Pourquoi? Je me suis toujours demandé pourquoi? rétorque Valérie, plus qu’intriguée. Tu me plaisais tellement!
- Toi aussi, ma belle! avoue-t-il d’une voix douce et émue. Dans le temps, une ex ne me lâchait pas les basques et je ne voulais pas te mêler à ça, aussi j’ai gardé mes distances et je le regrette encore aujourd’hui. Si tu acceptes ce tête- à-tête, cela ne t’engage à rien et qui sait?

Et bien moi, je sais! Hier, j’ai appris que Vincent avait remboursé Valérie et je les ai aperçus au restaurant. Vous auriez dû les voir, ils en oubliaient de manger, tant ils se contemplaient, en se souriant, les mains entrelacées...

Alors, finalement, c’est vrai que Daniella a offert tout un cadeau de Noël...

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Publié par Ray •   Ajouter un commentaire  0 commentaires





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